Après les attaques au Mali, la bataille invisible des récits
Mali : comment la désintermédiation de l’information redessine le paysage médiatique
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La désintermédiation de l’information renvoie à la disparition progressive des intermédiaires traditionnels – journalistes, rédactions, institutions médiatiques – dans la production et la diffusion de l’information. Aujourd’hui, chacun peut produire et diffuser du contenu à grande échelle. Ce basculement a profondément transformé le paysage informationnel malien, comme ailleurs.

Dans ce nouvel écosystème, les web-activistes, appelés « vidéomen », occupent une place importante. Très présents sur Facebook et TikTok, ils s’inscrivent davantage dans des logiques d’engagement et de mobilisation que dans une démarche journalistique fondée sur la vérification et la hiérarchisation de l’information. Cette évolution n’est pas en soi problématique : elle traduit une démocratisation de la parole publique et une plus grande participation citoyenne.

Un nouvel écosystème informationnel en construction

Cependant, cette dynamique comporte des effets ambivalents. En l’absence de filtres éditoriaux, la circulation de contenus non vérifiés devient plus fréquente. La pression de la viralité, qui favorise les contenus rapides, émotionnels et souvent simplifiés, réduit la place accordée à la rigueur. Dans ce contexte, la frontière entre information, opinion et rumeur devient de plus en plus floue.

Certains acteurs, cherchant à diffuser des récits spécifiques, privilégient désormais ces relais numériques à forte audience, au détriment des journalistes soumis à des exigences de vérification et de recoupement. L’avantage, pour les web-activistes, est qu’ils disposent à la fois d’une grande influence et d’une forte capacité de diffusion rapide, tout en étant affranchis des contraintes professionnelles du journalisme. Leur spontanéité et leur proximité avec les publics, notamment les jeunes, renforcent encore leur impact. Ce phénomène dépasse d’ailleurs le seul cadre malien.

Dans le prolongement de ces dynamiques, une tendance plus préoccupante semble se dessiner : l’affaiblissement relatif des acteurs journalistiques au profit de profils plus malléables dans la circulation de l’information. Certains producteurs de contenus, parce qu’ils ne se réclament pas du journalisme, peuvent s’affranchir plus facilement des exigences de vérification, tout en bénéficiant d’une large audience. Cette situation crée un espace où la responsabilité éditoriale devient diffuse, voire contournée.

Web-activistes, viralité et guerre des récits

Parallèlement, la création ou le soutien de structures médiatiques alignées sur des intérêts institutionnels ou politiques s’inscrit dans une dynamique plus large de compétition informationnelle. Dans ce cadre, l’information devient aussi un instrument stratégique, au cœur d’une forme de « guerre des récits », où les narratifs perçus comme extérieurs ou concurrents sont considérés comme des menaces auxquelles il convient de répondre. Cette logique contribue à polariser davantage l’espace informationnel et à complexifier la distinction entre information, influence et communication.

Un autre élément clé réside, au Mali, dans l’usage des langues officielles. Cette capacité à s’exprimer directement dans les langues des populations renforce la proximité et la crédibilité de ces acteurs. Elle permet également de toucher des publics parfois éloignés des circuits médiatiques classiques, alors même que les médias traditionnels peinent encore à s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation de l’information.

Par ailleurs, les formats utilisés jouent un rôle déterminant. Les vidéos courtes et les messages audio produisent un effet de réel particulièrement puissant. Une vidéo, même sortie de son contexte, est souvent perçue comme une preuve. L’image et le son renforcent l’impact émotionnel des contenus, au point que l’émotion prend souvent le pas sur l’analyse.

Comprendre pourquoi la désinformation fonctionne au Mali suppose ainsi de dépasser les explications simplistes. Il ne s’agit ni seulement d’un manque d’esprit critique du public, ni d’une manipulation systématique, mais d’un ensemble de facteurs qui se renforcent mutuellement : désintermédiation de l’information, pression des réseaux sociaux, poids de l’oralité, crise de confiance et évolution des habitudes de consommations d’information.

Dès lors, la réponse ne peut se limiter au fact-checking. Si la vérification des faits reste essentielle, elle doit s’accompagner d’un effort plus large visant à renforcer l’éducation aux médias, à soutenir la production d’informations fiables en langues officielles et à reconstruire la confiance entre les citoyens et les sources d’information. Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus seulement de corriger le faux, mais de réorganiser durablement l’écosystème informationnel, en redonnant une place centrale aux professionnels de l’information.

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