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Une femme de trop : le livre qui brise les tabous au Mali

C’est un petit roman savoureux de 139 pages que vient de publier Issoufi Dicko, professeur et inspecteur de français, blogueur à ses heures perdues. Une femme de trop dénonce les tares d’une « société phallocratique par essence », où l’infidélité de l’homme est tolérée, alors qu’un mauvais comportement de la femme lui vaut d’être mise au ban de la société.

C’est l’histoire de Oussou, un beau et riche banquier, qui « offrait un sourire radieux et ravageur à tous, surtout aux femmes ». Aucune femme ne lui résiste, et son épouse le sait. Elle est jalouse, mais garde son calme, comme toute bonne femme malienne. Mais la vie du couple bascule quand Oussou décide d’épouser en secondes noces Sara, une « belle princesse ».

Le problème, c’est que, justement, cette « femme de trop » ne devrait pas l’être. Dans une société où la polygamie est pratiquée depuis des siècles, une femme n’est jamais de trop si elle n’est pas la cinquième.

Idées reçues

Mais l’originalité d’Une femme de trop n’est pas de nous montrer une famille qui se brise parce que l’homme décide de prendre une seconde épouse. Le livre détruit les idées reçues sur la polygamie.

La conception officielle voudrait que, dans un pays comme le Mali, les musulmans soient polygames et que les chrétiens, minoritaires, soient monogames. Le livre d’Issoufi Dicko nous montre une réalité beaucoup plus complexe. N’est-ce pas Sara, la « belle princesse » chrétienne, qui pense que la polygamie a des « bienfaits pour l’équilibre psychologique de l’homme, pour le bien-être de la famille, pour la quiétude de la société et, en particulier, pour la liberté de la femme » ? En revanche, sa rivale musulmane, Soussaba, elle, pense que « si tous les hommes étaient à partager, Oussou en revanche était à elle seule ».

Une « société phallocratique par essence »

Une femme de trop dénonce une « société phallocratique par essence », où l’infidélité de l’homme est tolérée, contrairement à celle de la femme. « Il y a un véritable problème d’équité dans les rapports entre hommes et femmes, celles-ci étant considérées bien des fois comme propriété de l’homme plutôt que son égal. Un homme infidèle est vu par certains d’un mauvais œil. Mais quand il s’agit de la femme, elle est mise au ban de la société », dit Issoufi Dicko.

Avant lui, dans La coupable, une nouvelle de son recueil Destins de femmes (éd. La Sahélienne, 2015), l’écrivaine Salimata Togora abondait déjà dans le même sens : « Le caractère inéluctable de l’infidélité masculine m’échappait encore. Je ne voyais pas la nuance. Il fallait préciser : l’adultère des femmes est impardonnable mais celui des hommes est bien excusable. Ils sont si faibles, nos pauvres hommes. »

Mais le livre d’Issoufi Dicko ne renverse pas la situation, pour faire de la femme un ange et de l’homme un démon. Chacun y trouve sa part de démon, et donc sa part d’humanité.

Ces homosexuels qu’on ne veut pas voir

L’autre surprise est de voir comment Issoufi Dicko aborde sans complexe un sujet aussi délicat que l’homosexualité. L’un des personnages du roman est un militant de la communauté LGBT, qui a une influence non négligeable dans la haute société.

Parler des homosexuels au Mali, c’est marcher sur un terrain miné. L’actualité récente en témoigne : le gouvernement a récemment été obligé de faire marche arrière sur un projet de manuel sur l’éducation sexuelle complète sur fond d’accusation, par le président du Haut conseil islamique, de vouloir faire la promotion de l’homosexualité.

Un acte de résistance

Mais Issoufi Dicko prend le risque de lever le moratoire sur cette question : « Se taire sur le phénomène de l’homosexualité n’en fait pas moins une réalité, dit-il. Est-ce qu’il est endogène ou importé d’Occident ? Je ne saurais le dire. Ce qui est sûr, il existe aujourd’hui au Mali des hommes et des femmes qui appartiennent à cette communauté. »

Il ne s’agit pas pour lui de se prononcer pour ou contre ce phénomène, mais de montrer que tout sujet peut être discuté sans tabou. C’est un pari qui n’est pas gagné d’avance. Mais un livre qui parle de ce genre de sujets sans langue de bois est déjà un acte de résistance dans une société où le rigorisme religieux semble avoir le dernier mot.

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Les commentaires récents (5)

    1. Le livre « Une femme de trop  » est disponible au Grand Hôtel de Bamako et il est également possible de l’obtenir chez soi à 5.000 francs CFA, incluant la livraison.
      Voici le numéro de téléphone portable de celui qui se charge de la distribution: 76048763.