pourquoi aucun candidat accord paix
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Pourquoi aucun candidat ne pourra appliquer l’accord pour la paix

L’accord pour la paix et la réconciliation est inapplicable à moins qu’il soit révisé. Quiconque examine les exigences des rebelles acceptées par le Mali se rend compte qu’aucun gouvernement, aucun président malien ne peut les exécuter, sauf à se mettre immédiatement à dos tout le reste du peuple. Si cet accord est appliqué, la Coordination des mouvements de l’Azawad gagne le beurre, l’argent du beurre, la vache et la laitière, écrit le blogueur Abdoulaye Guindo.

Suite aux négociations tenues sous l’égide de la médiation algérienne, le gouvernement du Mali et les groupes armés ont signé, le 20 juin 2015, l’accord pour la paix et la réconciliation. Trois ans après sa signature, l’Accord n’a pas permis de ramener la paix, loin de là! Les rebelles de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) gardent toujours leurs armes et contrôlent toujours Kidal et d’autres régions du Nord. Et dans le cadre de l’élection présidentielle du 29 juillet, les 24 candidats, promettent tous dans leur programme de ramener la paix en appliquant l’accord s’ils sont élus.

J’estime pour ma part qu’aucun candidat ne pourra tenir cette promesse. Selon moi, l’accord pour la paix et la réconciliation est inapplicable à moins qu’il soit révisé. En effet, on se rappelle qu’après avoir boudé la cérémonie de signature de l’Accord du 15 mai 2015, la CMA a obligé le Mali à signer un Avenant, le 20 juin 2015, sous l’égide de la médiation internationale. Mon doute sur l’impossibilité d’appliquer l’accord trouve son fondement dans cet Avenant.

Que dit cet Avenant ?

L’Avenant, qui contient 16 points,  dit dans son préambule que les doléances non inscrites dans l’Accord du 15 mai « seront prises en compte dans le cadre de l’application de l’Accord ». Et l’un des points de l’Avenant reconnaît que  l’Azawad est une « entité politique, juridique et territoriale ». Cette disposition fait passer l’Azawad pour un mini-Etat fédéré.

Dans le domaine de la gestion de l’Etat, le Mali dans l’Avenant, accepte de « prévoir et déterminer le quota qui sera affecté à l’Azawad pour les départements de souveraineté, les grands services de l’Etat, les représentations diplomatiques et les organisations internationales ». Vous l’aurez compris: les rebelles de l’Azawad ne se contentent pas de garder le Nord; ils auront aussi un « quota » d’ambassadeurs, de consuls et de ministres. Et pas n’importe quels ministres : des ministres de « souveraineté » comme ceux de la Défense, de la Justice, des Affaires Etrangères ou de l’Administration Territoriale.

Sur la question du redéploiement des forces de défense et de sécurité, l’Accord prévoit que ces forces « à l’intérieur de l’Azawad seront composées à 80% de ressortissants de l’Azawad ainsi qu’au niveau des postes de commandement ». Cette disposition consacre la main mise militaire de la CMA sur tout le Nord.  Comment alors parler d’« armée malienne » quand le gouvernement n’a le contrôle que sur 20% des effectifs et des commandants militaires déployés au Nord ?

Un budget de 40% pour 9% de la population

Le point le plus compliqué dans cet accord concerne la gestion des ressources financières. En effet, il est prévu « l’affectation d’un fonds spécial pour l’Azawad sur le budget de l’Etat à hauteur de 40% sur une période de 20 ans en vue de résorber un retard de plus de 50 ans ». Ainsi donc, l’Azawad (1,2 millions d’habitants, soit 9% de la population nationale) raflerait 40% du budget national pendant 20 ans ! A ce train, nous autres du Sud (13, 2 millions d’habitants) finirons bien par brouter de l’herbe ! Si cet accord est appliqué, la CMA gagne, en définitive, le beurre, l’argent du beurre, la vache et la laitière!

 

En réalité, quiconque examine ces exigences des rebelles acceptées par le Mali, se rend compte qu’aucun gouvernement, aucun président malien ne peut les exécuter, sauf à se mettre immédiatement à dos tout le reste du peuple. D’ailleurs, les groupes armés qui contrôlent le Nord, font de la mise en œuvre de l’accord une exigence. Ils ont même promis dans un  communiqué de donner une consigne de vote en faveur du candidat qui prendra des engagements fermes pour la mise en œuvre de l’accord. A 72 heures de la fermeture de la campagne, cette consigne n’a pas encore été donnée, preuve qu’aucun candidat n’a réellement pris cet engagement.

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