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« Depuis 13 semaines, je rentre chez moi avec la déception de n’avoir pas étudié »

Dans cette lettre de la blogueuse Salimata Traoré, un jeune élève, « qui ne cherche qu’à étudier », s’adresse à son pays, le Mali, pour qu’il lui donne la chance d’étudier et d’accomplir son rêve de devenir président de la République, comme il l’a promis à son père. Au Mali, la grève des enseignants se poursuit toujours.

Mon cher Maliba,

Ou dois-je dire, le Maliba d’hier et non d’aujourd’hui. Je me nomme Mady, j’ai 17 ans et je fais la 12e année (baccalauréat). Tu sais, depuis mes 7 ans, j’ambitionne d’être plus tard le président de la République. Quand je voyais à la télé du voisin les hommes politiques, j’étais tout excité et je me disais : « Je vais coûte que coûte diriger ce pays un jour, ça c’est sûr. » Je savais que le seul moyen d’y arriver facilement, c’était l’excellence. Je me suis donc dit qu’il fallait que je travaille dur à l’école pour atteindre mon objectif.

Je suis né et j’ai grandi dans la pauvreté. Nous peinons à même assurer les fins du mois. Ba (Père), Barou et Mah (mère), Sira n’ont pas eu la chance d’étudier. Ba est un forgeron et Mah est femme au foyer. Je me rappelle qu’un soir, j’ai longtemps causé avec Ba dans la cours de la concession. Il m’a proposé d’arrêter avec ces histoires d’études et de me rendre utile en travaillant avec lui. Je lui ai dit :

« Ba, il faut que j’étudie. Le soir quand on part regarder la télé chez le voisin et qu’on regarde le journal sur l’ORTM (Office radiodiffusion télévision du Mali), tu vois le président non ? Ba, un jour, c’est moi que les gens vont regarder, je te promets. Laisse-moi étudier. »

A chaque fois que je tenais de tels propos, Ba riait toujours en disant : « Hum dén, oh té anw fantanw siguiyôrô yé dè (mon fils, ce n’est pas une place pour nous les pauvres). » Les paroles de mon père ne m’ont guère découragé, au contraire, cela me donnait plus de détermination et d’audace.

De mon enfance à aujourd’hui, j’ai dû lutter contre la pression de la couche de population dont je provenais. Une couche qui m’a toujours pris pour un fou et un rêveur pour la simple et bonne raison qu’au lieu d’être apprenti auprès de mon père, j’ai choisi une autre voie. Finalement, elle a accepté mon choix et j’ai alors pensé que rien d’autre ne pourrait être un obstacle sur mon chemin vers l’excellence. Enfin, c’est ce que je croyais, mon cher pays. Maintenant, ce sont tes dirigeants qui posent des obstacles sur mon chemin. Ceux-là même qui sont censés assurer l’éducation, la santé et l’alimentation pour nous, tes autres fils.

Mon cher Maliba,

Pourrais-je un jour devenir président, ministre, médecin, directeur dans une telle situation ? A leur époque, ces personnalités n’ont-elles pas eu la chance d’étudier ? Pourquoi vouloir nous priver, à notre tour, de nos droits ? Combien de fois, mon cher pays, connaîtras-tu une année blanche ? Mon cher pays, autant que toi, je connais les réponses, raison pour laquelle mes larmes coulent sur ma feuille.

Cela fait de cela 13 semaines que, chaque matin, j’arrive au lycée avec la volonté d’étudier et chaque midi je rentre chez moi avec la déception et le désespoir de n’avoir pas étudié. Ce qui me rend encore plus triste, c’est de voir, d’un côté, sur le chemin du retour, mes petits frères et sœurs du collège contents de ne pas avoir eu cours. Ils sont si jeunes pour comprendre ce que tout cela implique… De l’autre côté, mes camarades lycéens, qui sont plus grands, et donc majoritairement inquiets par cette situation.

Ma patrie,

Je te pleure, nous pleure, nous tes plus jeunes enfants.

Je ne sais pas ce qui m’attend, mais JE VEUX TOUT SIMPLEMENT ÉTUDIER ! C’est un droit pour nous tous et je veux qu’on me donne mon droit. Tout comme eux, mon cher Maliba, je veux avoir la chance d’avoir de grands diplômes un jour. Je veux que mes petits frères et sœurs puissent avoir leur Diplôme d’études fondamentales (DEF). Je veux que mes camarades et moi ayons notre baccalauréat cette année pour aller à l’université l’année prochaine. Je ne veux surtout pas que nous reprenions une année alors que nous avons eu nos bonnes notes !

Cordialement, un jeune qui ne cherche qu’à étudier.

Vous pouvez relire sur Benbere : Que disent les députés de la grève dans l’éducation ?

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