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Tombouctou : ville éternelle, doit être préservée

La « cité au 300 saints » est en danger. Ses constructions traditionnelles en calcaire (alhor) doivent être préservées. L’écrivain et homme de culture Sane Chirfi Alpha critique la lente dégradation de ce patrimoine commun unique, reconnu par l’Unesco… mais pour combien de temps encore.

L’architecture en terre qui étonne toujours les visiteurs. Un étonnement né du fait de voir une ville entre le fleuve et le Sahara entièrement bâtie en terre, une ville de sable entre les sables du Sahara, cette architecture sahélo-saharienne avec souvent un revêtement en alhor, une pierre qui n’existe nulle part au monde en dehors de Tombouctou.

Toutefois, à Angoulême, il existe une pierre qui lui ressemble et qu’on appelle pierre d’Angoulême. Avant, seuls les plus nantis utilisaient cette pierre dans la construction des habitations. Cependant, la tendance étant à l’utilisation du béton pour construire plus durable, une décision municipale fait obligation du revêtement en alhor de toute construction en béton dans la médina. Une façon de préserver cette architecture en vue d’accéder au classement de la médina au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le classement ne nous dit rien

Le classement, à ce qu’il semble, ne signifie pas grand-chose pour le commun des mortels. Le Mali a 4 sites classés, le Sénégal 6, l’Italie qui a le plus grand nombre de sites en a 153, la Chine qui, il y a trois ans, n’avait pas un seul site classé, en a aujourd’hui 151 et talonne l’Italie. Le classement est un statut privilégié et très envié, parce que si l’Unesco n’a pas d’argent, elle a une notoriété. Elle est une voix écoutée par ceux qui détiennent les cordons de la bourse. Si la communauté internationale, à travers des partenaires, a pris en charge la reconstruction des mausolées, mosquées et autres sites culturels saccagés pendant l’occupation, c’est parce que l’UNESCO a donné sa caution et son expertise.

Le danger de la mise en péril et du retrait de la liste des sites classé est là présent. Il n’est peut-être pas superflu de rappeler qu’au cours des années 70, un documentaire qui devait être réalisé dans l’ancienne ville de Tombouctou n’a pu l’être parce que déjà à cette époque les poteaux électriques et téléphoniques, les fils électriques étaient des éléments nouveaux dénaturants. Aujourd’hui, tous les plafonds sont crevés dans le mauvais sens avec des antennes paraboliques, des constructions en béton sans revêtement, l’occupation anarchique des grandes artères, des rues et ruelles. Cet état de fait constitue d’ailleurs un danger d’impossibilité d’intervention en cas de calamité au grand dam des services de la protection civile.

Des autorités complices

À Tombouctou, nous avons assisté impuissants, complices ou indifférents à l’occupation anarchique des rues, des places publiques, à l’implantation de hangars mal famés et de containers sur les grandes artères, devant les écoles qui ont été littéralement étouffées par ces containers urbanicides, à des constructions en béton sans revêtement avec la pierre d’Alhor, l’utilisation de couleurs vives, des styles rocambolesques, des monuments qui tranchent avec l’architecture générale.

La mission culturelle de Tombouctou,  la direction régionale de la culture doivent continuer leur engagement, sensibiliser,  interpeller et engager des actions concrètes. Leur raison d’être, ce n’est pas ce Tombouctou du béton et des containers, mais bien cette ville à l’architecture enviable, à l’artisanat particulier, à l’art culinaire extraordinaire, aux milliers de manuscrits qui sont aujourd’hui sous les feux de l’actualité internationale, ces manuscrits qui font la convoitise de milliers de chercheurs à travers le monde et qui veulent en découvrir le contenu.

En plus de l’assassinat de cette belle architecture, c’est l’image même de Tombouctou qui est écornée.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Je crois que la municipalité doit aller au delà de cette décision de contraindre à un revêtement en Alhor des constructions en béton dans la Médina. Aussi, une croisade doit être lancée aujourd’hui pour que la vieille ville soit classée patrimoine mondial afin de lui éviter une fin tragique.

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