Kayes : Bréhima Sissoko, la mémoire du Fort de Médine
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Kayes : Bréhima Sissoko, la mémoire du Fort de Médine

À 58 ans, Bréhima Sissoko incarne la mémoire du Fort de Médine. Un vestige du passé colonial, situé dans la région de Kayes, au nord-ouest de Bamako. Depuis plus 25 ans, le guide chevronné y assure le rôle de gardien du temple.

« Pom ! Pom! ». Le sifflement du train ne retentit plus à Kayes. Le train voyageur est en panne depuis le 17 mars 2018. La nostalgie et la résignation se lisent sur les visages des populations sevrées. Pour beaucoup d’entre elles, le train, en plus d’être une fierté, était la principale source de revenus. 

Sous un soleil ardent, nous nous rendons dans la commune rurale de Hawa Dembaya, à 15 kilomètres de la ville de Kayes. La route menant à cette contrée chargée d’histoire est abimée par les gros porteurs et l’absence d’entretien. La commune abrite un vestige du passé colonial : le Fort de Médine. Nous y allons à la rencontre de Bréhima Sissoko, la mémoire de ce temple du passé.

Le « guide national »

Depuis plus de 25 ans, Bréhima Sissoko y guide des milliers de curieux qui viennent annuellement visiter le site. D’une rare simplicité, un physique peu imposant. À 58 ans, celui qu’on surnomme le « guide national » garde une mémoire d’éléphant pour conter l’histoire de l’édifice. 

Le Fort de Médine est un lieu touristique de renom dans la région. À l’intérieur de l’édifice, un pan de l’histoire contemporaine de notre pays s’y trouve. Fondée en 1810, la ville de Médine fut la première capitale coloniale du Soudan français (actuel Mali) avant Kayes. En 1855, le Fort fut construit pour faire face aux troupes d’ El Hadj Oumar Tall.

C’est sous la véranda de la première école du Soudan français que notre hôte nous accueille. Il nous explique ensuite les conditions d’accès : « Un ticket de 1000 francs CFA, 5000 francs CFA pour la mairie et le guide. » « Il y a des gens qui donnent moins et d’autres plus. Mais, je fais la visite du Fort avec tout le monde. L’argent n’est pas un problème », précise le guide passionné.

Pénétration française

En 2005, Bréhima Sissoko avait été classé deuxième meilleur guide du Mali, et élu « Canne d’argent » à Sikasso. Il est titulaire de plusieurs attestations de formations et distinctions honorifiques. Et le guide chevronné ambitionne de partager son savoir avec le reste du monde. 

De l’école des otages, en passant par le premier monument du Mali, le dispensaire, la première gare ferroviaire, le marché des esclaves, la messe des officiers ou encore la porte du non-retour. Le visiteur est imprégné de la pénétration française.  

« Quand les touristes étrangers venaient visiter le Fort, la ville a beaucoup bénéficié des retombées économiques. Il y a eu des années où les écoliers gagnaient leur fourniture scolaire sans payer de l’argent, car les partenaires faisaient beaucoup de dons », se souvient M. Sissoko.

Bréhima Sissoko incarne la mémoire du Fort de Médine dont aucun détail ne lui échappe. Son seul concurrent sur ce haut lieu de l’histoire contemporaine du Mali est un géant baobab, majestueusement dressé entre l’École des otages et le premier dispensaire. Contrairement à l’arbre centenaire, Bréhima Sissoko a la faculté de transmission.

Son combat consiste désormais à matérialiser ce savoir pour le bénéfice de la génération future. « Je suis sur un projet d’écriture. J’aimerais faire un livre sur l’histoire de la pénétration française dans l’ancien Soudan français. J’avais beaucoup avancé avec une maison d’édition à Bamako, mais la crise sanitaire a stoppé les démarches », explique-t-il.

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