Si les projections macroéconomiques affichent une croissance soutenue, le secteur privé et certains partenaires alertent sur la structure des dépenses et les risques pesant sur l’investissement.
Réuni le 25 février 2026 à Bamako, le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) a examiné la loi de finances 2026 en présence du président de la Commission des finances du Conseil national de transition (CNT) et de partenaires techniques et financiers, dont la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. La traditionnelle rencontre s’inscrit dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, la pression sur les finances publiques et la nécessité de relancer l’économie.
La présentation technique a été assurée par l’économiste Modibo Mao Makalou, expert en finances publiques. Il a détaillé le cadrage macroéconomique : croissance réelle projetée à 6,3 % en 2026 (contre 6 % en 2025), inflation maîtrisée autour de 2,5 %, PIB nominal autour de 19 860 milliards francs CFA, et dette publique soutenable à environ 43 % du PIB, respectant largement les critères UEMOA (déficit budgétaire dons compris à 2,2 % du PIB).
Un budget en hausse, un déficit maîtrisé
La loi de finances 2026 prévoit des recettes de 3 057,8 milliards FCFA pour des dépenses de 3 578,2 milliards FCFA, soit un déficit de 520,4 milliards FCFA, correspondant à environ 2,2 % du PIB selon les projections officielles.
Le cadrage macroéconomique repose sur une croissance attendue de 6,3 % et une inflation comprise entre 2 et 3 %, en ligne avec les critères de convergence régionaux.
Les recettes fiscales devraient avoisiner 2 700 milliards FCFA. En revanche, les dons restent limités, confirmant une dépendance accrue aux ressources internes et au financement par emprunt.
Une structure des dépenses qui interroge
Selon les chiffres présentés, plus de 70 % des dépenses sont consacrées au fonctionnement de l’État, tandis que les investissements représentent environ 30 %.
Les dépenses sécuritaires demeurent prioritaires – reflet du contexte national. Les budgets de l’éducation et de la santé progressent également. Les transferts et subventions atteignent environ 454 milliards FCFA.
Pour le président du CNPM, Mossadeck Bally, cette structure appelle un rééquilibrage. « Aucun pays ne peut se développer durablement avec un budget dominé par le fonctionnement », a-t-il estimé, plaidant pour un renforcement des investissements productifs.
Les discussions ont mis en lumière un déséquilibre persistant : une minorité d’entreprises formelles supporterait l’essentiel de la charge fiscale, alors que l’économie informelle représente plus de 90 % des emplois et des unités économiques.
Le patronat recommande l’élargissement de l’assiette fiscale, la digitalisation des procédures, une meilleure fiscalisation du foncier et une gestion plus transparente des ressources minières.
Intervenant au nom de la Banque mondiale, Hawa Cissé Wagué, Responsable des opérations pour le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, a salué les efforts de cadrage macroéconomique tout en appelant à la prudence.
Elle a insisté sur la nécessité de préserver la soutenabilité budgétaire et de renforcer l’efficacité de la dépense publique. Selon elle, la qualité de l’investissement importe autant que son volume. « L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter les dépenses d’investissement, mais de s’assurer qu’elles génèrent de la croissance inclusive et de l’emploi », a-t-elle souligné.
La représentante de l’institution a également attiré l’attention sur les risques liés à l’endettement et à la dépendance aux matières premières, notamment l’or, qui représente une part prépondérante des exportations maliennes.
Elle a enfin mis en avant l’importance des réformes structurelles visant à améliorer le climat des affaires, à soutenir le secteur privé et à renforcer la mobilisation des recettes intérieures.
Dette et financement, vigilance recommandée
Le taux d’endettement du Mali avoisine 43 % du PIB, en dessous du plafond communautaire. Toutefois, les charges financières, estimées à 245 milliards FCFA en 2026, continuent de progresser.
Plusieurs participants ont évoqué le risque d’« effet d’éviction », le recours accru au marché financier pouvant réduire l’accès au crédit pour les entreprises.
Dans ce contexte, les partenariats public-privé (PPP) ont été présentés comme un levier stratégique pour financer les infrastructures, notamment dans l’énergie et les transports. Le CNPM plaide pour une révision du cadre juridique afin de le rendre plus attractif.
Adoptée par le CNT et promulguée par le président Assimi Goïta, la loi de finances fixe les priorités budgétaires de l’État pour l’année.
Au terme des échanges, un constat s’impose : si la trajectoire budgétaire 2026 affiche des équilibres macroéconomiques relativement maîtrisés, la transformation structurelle de l’économie reste un défi.
Pour le secteur privé comme pour les partenaires techniques et financiers, l’enjeu dépasse le volume du budget : il s’agit désormais d’en améliorer la qualité et l’impact sur la croissance, l’emploi et la résilience économique.
