Cinq choses à savoir sur la Banque d’investissement de l’Alliance des États du Sahel
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Quatre choses à savoir sur la Banque d’investissement de l’Alliance des États du Sahel

Présentée par les autorités de l’Alliance des États du Sahel (AES) comme un levier majeur de souveraineté économique, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) suscite de nombreux espoirs et interrogations. Capital initial, capacité réelle de financement, comparaisons régionales et confusion autour de la monnaie : décryptage d’un projet encore en construction. 

1. Qu’est-ce que la BCID-AES ?

La Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’AES (BCID-AES) est une institution financière multilatérale portée par les États membres de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). Inaugurée le 23 décembre 2025 à Bamako, elle relève de la catégorie des banques d’investissement et de développement dont la vocation est de financer des projets à long terme contribuant à la croissance économique et à l’intégration régionale.

Selon l’économiste Modibo Mao Makalou, la BCID-AES s’inscrit dans la lignée d’institutions régionales existantes comme la Banque d’investissement et de développement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (BIDC) et la Banque africaine de développement (BAD). Sa spécificité tient, toutefois, à son ancrage politique et stratégique : elle est conçue comme un outil au service direct des priorités économiques communes de l’AES.

2. À quoi sert son capital ?

Le capital initial annoncé de la BCID-AES est fixé à 500 milliards de francs CFA. L’analyste économique Sambou Sissoko, dans un article publié dans L’Indépendant (n° 6355 du 22 décembre 2025), rappelle que ce capital « n’est pas destiné à être dépensé directement, mais sert de garantie pour lever des fonds sur les marchés ». Sans cette capacité d’endettement, avertit-il, la banque risque une « asphyxie rapide ».

Le capital de la BCID-AES reste modeste par rapport à celui de ses concurrents. À titre de comparaison, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) dispose d’un capital de 1 709 milliards de FCFA et d’un bilan de 3 893 milliards en 2024. La Banque africaine de développement, avec un capital autorisé de plus de 208 milliards de dollars, a financé 47,5 milliards de dollars de projets depuis sa création.

3. Comment sera-t-elle financée ?

Les ressources de la BCID-AES proviendront d’abord des souscriptions des États membres de l’AES. À ces apports initiaux s’ajouteront des emprunts sur les marchés financiers régionaux et internationaux à l’image des autres banques d’investissement et de développement.

Toutefois, pour accéder durablement aux marchés financiers, la BCID-AES devra se soumettre à l’évaluation d’agences de notation financière. Ces agences mesurent le risque de solvabilité et influencent directement le coût du crédit. Une bonne notation sera donc déterminante pour attirer des capitaux et assurer la viabilité financière de l’institution.

4. La BCID-AES peut-elle créer une nouvelle monnaie ?

Certaines publications associent la BCID AES à un projet de création d’une nouvelle monnaie au sein de l’AES.  Une interprétation que les économistes interrogés rejettent fermement. « Seule une Banque centrale est habilitée à battre monnaie, c’est-à-dire à mettre en œuvre la politique monétaire, fabriquer les billets et les pièces, prêter aux banques commerciales et réguler la masse monétaire, notamment à travers les taux d’intérêt » rappelle Modibo Mao Makalou.

Même analyse du côté de l’économiste Khalil Dembélé : « La BCID-AES n’a aucune compétence en matière de politique monétaire. Son rôle se limite au financement des projets de l’État, des collectivités territoriales et des entreprises. » « En l’état actuel, il n’est pas possible de créer une monnaie propre à l’AES sans une sortie préalable du franc CFA », conclut Modibo Mao Makalou.

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