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Au Mali, des boubous traditionnels qui couvrent des crimes

La réconciliation entre Mamadou Sinsy Coulibaly et Nouhoum Tapily n’en finit pas de faire parler. Pour Petit Peulh, la médiation des communicateurs traditionnels est un dangereux mélange des genres qui sacrifie la justice à une paix illusoire.

Reconnues dans le passé comme des médiateurs sociaux capables de mettre fin à des conflits souvent complexes, les autorités traditionnelles et/ou religieuses encouragent de plus en plus l’impunité, dans un pays miné par l’injustice sociale.

Qu’elle a été surprenante cette pseudo réconciliation entre le puissant opérateur économique malien, Mamadou Sinsy Coulibaly, et le président de la Cour constitutionnelle (l’une des plus grandes institutions du pays), Nouhoum Tapily. Surprenante pour deux raisons : d’abord pour la gravité des faits.

Quelques semaines plutôt, le premier avait accusé le second d’être le « fonctionnaire le plus corrompu du Mali » et s’était avancé jusqu’à menacer de déballer sur la place publique d’importantes casseroles que traînerait M. Tapily dans la gestion des affaires publiques. Ensuite, pour la procédure utilisée, qui a vu le Récotrade (Réseau des communicateurs traditionnels) se proposer en médiateur pour prétendre réconcilier deux hommes qui avaient déjà commencé à se traîner devant la justice.

Reconsidérer certaines pratiques

On ne va pas rentrer dans les détails de ce qui aurait été un véritable scandale dans n’importe quel pays où il y a un minimum de volonté de lutter contre la corruption. Il est juste important de se dire une chose: les boubous des autorités traditionnelles et religieuses ne doivent pas servir à couvrir des crimes. Comment et au nom de quoi nos chers communicateurs traditionnels peuvent se lancer dans une telle démarche comme s’il s’agissait d’un petit litige entre deux familles d’un même quartier ? Ou encore d’une banale dispute entre père et enfant ?

Bien sûr, ils ont eu à régler des problèmes très complexes liés à la terre, notamment en milieu rural, en complémentarité avec le système judiciaire de l’Etat. Nous ne banalisons pas leur rôle. Mais il est temps de reconsidérer certaines pratiques héritées en valeurs dans nos sociétés. Permettre à un tiers de régler certaines affaires criminelles par des pseudo-médiations ne fait qu’enfoncer davantage ce pays dans une crise sociale accentuée par l’injustice. C’est une confusion des rôles, notamment avec la justice étatique, qui peut s’avérer dangereuse.

Une crise sociale

C’est d’autant plus inquiétant que le champ d’actions de nos autorités traditionnelles et religieuses reste illimité : d’une simple affaire dans le quartier jusqu’au sommet de l’Etat en passant par les commissariats de police et dans n’importe quel type de dossier ! Il y a un an, certains religieux d’un quartier de Bamako n’ont pas hésité à aller intercéder en faveur de l’enfant d’un des leurs, présumé impliqué dans une affaire de viol collectif.

Plus amer, ils ne semblent porter leurs boubous de médiateurs que quand des hautes personnalités ou leurs proches doivent faire face à la justice pénale. Il y a un dangereux mélange des genres qui doit être réglé, car, pour reprendre un avocat bamakois, « renoncer à la justice au nom de la paix reviendrait à déplacer le problème ».

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