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Si les filles doivent garder leur virginité, alors les garçons aussi

Dans la plupart des communautés au Mali, les jeunes filles subissent des injustices sous plusieurs formes. On les oblige, par exemple, à rester vierges jusqu’au mariage sans mettre la même pression aux garçons, déplore le blogueur Fousseni Togola

Il est de ces pratiques qui ne révoltent personne au Mali alors qu’elles doivent indigner. Dans certaines de nos communautés, la sauvegarde de la virginité de la jeune fille jusqu’au mariage est perçue comme un honneur pour la famille. C’est ce qu’explique une étude réalisée en mars 2018 par Dr Brema Ely Dicko, enseignant-chercheur, chef du département socio-anthropologie de la Faculté des sciences humaines et sociales de Bamako.

Cette enquête, intitulée « la pratique culturelle de la virginité dans le district de Bamako : honneur familial, santé de la femme et évolution des mentalités », nous révèle tous les mythes qui entourent cette pratique dans les communautés maliennes. Ainsi, après le mariage et la première nuit de noces, l’annonce de la virginité par la vieille femme chargée de s’occuper de la nouvelle mariée donnait lieu à une valorisation de la fille vierge à travers des chansons en son honneur suivies de cadeaux. Pour Aminata Dansoko, technicienne de la santé, cette pratique répondait à des exigences traditionnelles, religieuses voire sanitaires.

Peur du déshonneur et mutations sociales

La peur du déshonneur pour la famille et la fille, les infections sexuelles, les grossesses non désirées constituent quelques unes des raisons expliquant le contrôle de la sexualité féminine. Cette pratique, bien qu’éducative d’une certaine manière, constitue à mes yeux une certaine violence faite aux filles. Pourquoi se préoccuper de sa virginité à ce point si on est incapable de dire un mot aux jeunes garçons, sachant bien que celle-ci ne peut pas perdre sa virginité toute seule ? Il y aurait donc deux poids, deux mesures.

Avec les mutations sociales, la modernité, la virginité jusqu’au mariage est devenue signe de non-civilisation. Les jeunes filles s’en moquent et ne veulent plus garder leur virginité jusqu’au mariage pour ne pas subir les moqueries de leurs camarades qui les traiteront d’inexpérimentées en matière de sexualité. Sur ce sujet, Moussa Coulibaly, jeune marié, est quelque peu plus acerbe dans ses propos parce qu’il trouve que la dégénérescence de cette valeur constitue la cause fondamentale de la multiplication des divorces au sein de nos sociétés.

C’est le « sexe fort » qui drague le « sexe faible »

Toutefois, il convient de rappeler qu’à cause de cette pression, au Maroc, de nouveaux moyens sont utilisés par les jeunes femmes pour s’attribuer un semblant de virginité, comme nous l’explique un article de Ghalia Kadri dans Le Monde. Des méthodes absurdes qui n’abusent plus personne, et qui rendent cette tradition ridicule.

A mon avis, cette pratique est une forme de violence dans le sens où elle reste tributaire de cette mentalité voyant la femme comme le « sexe faible », qui doit tout subir. Le jeune homme reste toujours à sa place de roi avec tous les honneurs. Au lieu de s’atteler à la sauvegarde de la virginité du jeune garçon, on préfère mener la vie dure à la jeune fille, sachant bien que la cause est perdue d’avance : c’est le « sexe fort » qui, généralement, drague le « sexe faible ». Je pense que si nous voulons nous préoccuper de la sauvegarde de cette valeur, il faut commencer par le sexe dit « fort ». A défaut, ne focalisons plus sur cette coutume, et faisons confiance à la sagesse de nos jeunes.

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