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Lettre de l’au-delà, d’une femme assassinée par son époux

Le souvenir de l’assassinat de Fanta Sékou Fofana, fille d’un conseiller spécial à la présidence du Mali reste encore vif dans les mémoires. Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2018, elle a été assassinée par un homme qui serait son conjoint. Plus récemment, le 16 janvier dernier, c’est un berger qui a tué sa femme par coup de fusil à Kalana avant de prendre la fuite. Même si les statistiques sont difficiles à établir, il reste que la lutte des activistes de la cause des femmes butte sur les pressions politiques, sociales et religieuses.

Dans ce billet, la blogueuse Salimata Traoré partage la lettre imaginaire d’une femme tuée par son mari. Une façon pour elle de rendre hommage à toutes ces femmes qui ont été tuées par leur conjoint et de dénoncer l’absence de justice pour elles. Comme ailleurs, les féminicides (assassinats de femmes) constituent un fléau au Mali.

Cher époux,

Avec une plume et des larmes, je t’écris cette lettre de l’au-delà. C’est moi, ta défunte épouse, Fanta. De là, Barry, j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir et me questionner sur ce qui n’a pas réellement marché dans notre couple. Surtout savoir pourquoi en sommes-nous arrivés à ce stade ?

Revenons en arrière, 15 ans auparavant. Un jeune homme est venu me côtoyer devant le bureau où j’effectuais mon stage et m’a dit : « Salut ma belle, ça fait plus de 2 mois que je t’observe. Je sais à quelle heure tu viens et à quelle heure tu rentres chez toi. Je me suis intéressé à toi dès la première fois que je t’ai vue, mais j’ai toujours eu peur de venir t’aborder. Enfin, jusqu’à aujourd’hui. Et tu sais pourquoi ? Parce que je préfère te regarder à distance, que de t’approcher et que tu me recales juste après. Ça me blesserait vraiment. Je suis quand même fier de moi car j’ai pris mon courage à deux mains, et juste pour cela tu devrais accepter mon invitation au restaurant pour déjeuner à midi, ça nous permettra de faire plus connaissance. »

« Les inséparables »

Ce jeune homme confiant et honnête, c’était toi, l’homme que j’ai épousé 5 ans après. Et pourtant, tout allait bien. Tu étais le genre d’homme que toutes les femmes aimeraient avoir dans leur vie. Mes copines me disaient sans cesse : « Fanta, tu as de la chance d’avoir Barry ». Eh oui, c’est ce que je croyais aussi.

Tu étais attentionné, aimant et tu avais le sens des responsabilités. Nous sortions presque tout le temps ensemble, et étions d’après ma petite sœur « les inséparables ». Nous avons appris à nous connaître et à nous aimer davantage. Je n’aurais jamais cru qu’il y aurait une partie de toi qui me serait inconnue.

Mille qualités et un défaut

Le temps passait de plus en plus et est venu le jour où tu m’as demandé en mariage. Je n’ai pas hésité une seconde, car tu avais tellement de qualités. Néanmoins, un défaut, un seul et unique défaut : tu étais très colérique. D’ailleurs, j’avais peur de ça, je t’en avais parlé et tu m’as promis que cela ne nous causerait pas de tort. Effectivement, je le pensais aussi, un homme aux milles qualités et un défaut, ça ne pouvait pas faire de mal !

En plus, tu n’avais jamais porté la main sur moi. Une fois, j’avais l’impression que tu allais le faire, tellement tu étais en colère pour si peu. Mais ça n’a pas été le cas. Je me suis persuadée alors que ces moments te viendraient souvent mais que ce serait sans conséquences et que je m’y habituerais. Barry, étais-tu au courant que tu pouvais aller plus loin ? Me cachais-tu cachais ton comportement jusqu’à ce que les choses soient finalisées ?

« Le sang coulait de ma bouche »

Le 21 juillet 2013, nous avons célébré notre mariage. Les premiers mois après, tout allait bien. Enfin, jusqu’au jour où tu t’es mise en colère, car j’avais oublié de faire en avance ton thé. Ce jour-là, Barry, je ne t’ai plus vraiment reconnu. Tu as commencé à me crier dessus et par la suite tu m’as poussée et m’as donné une grosse gifle. J’étais terrifiée, je me suis demandée si c’était une erreur de ta part ou si s’était vraiment toi. Il était quand même trop tôt pour parler de divorce ou quoique ce soit. Le soir, tu es venu vers moi tout en t’excusant. Ça m’a rassurée et tu m’as juré que ça n’arrivera plus jamais. Barry avais-je fais une bonne chose en te pardonnant ?

Un an après cette histoire, nous avons eu une petite fille, Anissa. Après les quarante jours chez ma mère, tu m’as ramenée à la maison. Tu m’as dit de changer Anissa. Je t’ai dit de me donner cinq minutes, le temps de réchauffer ton dîner pour que tu puisses manger. C’est à ce moment-là que tu es venu me trouver dans la cuisine. Tu m’as frappé, encore, encore, encore et encore. Moi je pleurais tout en te demandant ce que je t’avais fait pour mériter toute cette violence. Barry, après que tu aies eu fini de me battre, je voyais le sang couler de ma bouche. Mon nez était cassé. A cet instant-là, je me suis dit qu’il fallait que j’en parle à ma mère. J’étais prête à tout pour te quitter Barry, même si je t’aimais. Car à chaque fois, tu ne faisais que t’excuser et faire des promesses que tu ne tenais jamais.

Si l’on pouvait remonter le temps…

Tu imagines bien que ma mère allait recracher les mêmes slogans que la société lui a transmis ! Elle m’a dit : « Fanta, ça va lui passer. C’est normal que ton mari te tape si tu ne fais pas bien les choses, c’est pour que tu ne le refasses plus. En plus, tu viens d’avoir un bébé, Fanta, tu ne peux pas quitter ton foyer. Il faut que tu penses à ton image dans la société, que tu penses à l’avenir d’Anissa. I mougnou né dén, furu ma nongon, bai ni ka koungo (« soit tolérante ma fille, le mariage n’est pas facile, chacun a ses problèmes »). »

A ce moment précis, aurais-je dû écouter ma mère ? Aurais-je dû écouter une personne qui ne pouvait pas s’imaginer dans quelle galère je vivais ? Je pense que si l’on pouvait remonter le temps, je ne l’aurais pas fait.

Quelques mois passèrent, c’était le jour de mon anniversaire. Au bureau, j’ai duré 30 minutes de plus que prévu car mes collègues avaient acheté un gâteau pour moi. Je t’ai envoyé un message pour te prévenir de ce petit retard, mais ce n’était pas suffisant pour toi. A mon arrivée à la maison, j’ai filé dans la cuisine pour préparer le dîner. A ce moment précis, tu es venu tout en me demandant pourquoi j’avais duré. Je t’ai répondu que je t’avais envoyé un message. Soudainement, tu m’as poussé et je suis tombée par terre en ayant le couteau dans ma main vu que je coupais des oignons. C’est là que tu as pris le couteau dans ma main et l’a enfoncé dans mon ventre, puis dans ma gorge.

Des regrets pour l’éternité

Barry, en l’espace d’une minute, j’ai vu toute ma vie défilée devant moi. Je savais déjà que c’était la fin pour moi. Avais-je mérité cette fin tragique ? Me marier avec toi était-elle ma fatalité ? Peu importe, maintenant je suis condamnée à supporter ces regrets toute l’éternité.

Le regret d’être tombée amoureuse d’un homme qui a causé ma mort. Le regret de voir mon enfant vivre avec le fait que son père ait tué sa mère. Le regret de n’avoir pas écouté mon libre arbitre en partant de chez toi dès la première fois que tu as posé la main sur moi. Le regret d’avoir écouté ma mère qui, elle, vit toujours avec son époux depuis plus de 40 ans sans que ce dernier n’ait jamais posé violemment la main sur elle. Le regret de ne pas avoir lutté contre toutes les formes de violences faites aux femmes et sensibiliser le maximum de femme pour qu’elles n’aient pas le même sort que moi.

De là où je suis, Barry, je te vois en liberté car la société n’a pas de réelle justice et c’est ce qui me fait le plus mal. Dans ce pays, les victimes sont coupables et les coupables sont victimes. Tu me demandes pardon, ne t’inquiète pas, je ne t’en veux pas. Je m’en veux à moi-même d’avoir épousé un tel homme et d’être restée mariée jusqu’à la fin douloureuse de ma vie. Mon réel plaisir est que tu vivras toute ta misérable vie avec ma mort sur ta conscience !

Cordialement, la femme qui t’a tant aimé et que tu n’as pas hésité à tuer.

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Les commentaires récents (12)

  1. Je les larmes qui coulent c est le meilleur de bebere. Femmes nous sommes les seules responsable de nos vie et n oublions pas la mort est la fin de tout

    1. Et ce sur que nous les femmes nous sommes les pire douleur du monde entier et que nous portons un gros fardeau sur nos épaules dit :

      Nous les femmes il faut plus que sa continue comme sa. Il que s arrêté

  2. Vraiment je suis désolé car ma mère est une femme, j’ai des sœurs aussi donc hommage à toutes les femmes du monde surtout les femmes africaines

  3. C’est lamentable, très regrettable, je suis touché jusque dans mon âme; repose en paix, Dieu est le meilleur des juges, j’ai peur que ma vie prenne une telle tournure car la vie est si cruelle

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