Nomades bérabiches : un pied en ville, un autre dans le désert
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Nomades bérabiches : un pied en ville, un autre dans le désert

Les processus de sédentarisation modifient la société bérabiche du nord du Mali. En ouvrant les portes vers un nouveau monde plus confortable, moins enclavé, ils changent des pratiques anciennes. Les nomades bérabiches semblent avoir un pied en ville et un autre dans le désert.

Le monde évoluant, une bonne partie des nomades bérabiches arabes se sont sédentarisés, dans les grandes agglomérations comme Tombouctou ou Gao. D’autres ont fondé des petits villages, des hameaux sur les deux rives du fleuve Niger, démunis face à des conditions climatiques âpres. 

Durant la saison chaude, ils subissent constamment des vents très chauds. Pendant la saison froide, les nomades sont confrontés à des vents cette fois-ci très frais et violents. L’hivernage, avec ses pluies, est souvent accompagné par des fortes tornades qui s’abattent sur les tentes traditionnelles utilisées par les nomades dans les zones désertiques et arides. « Ces tornades détruisent complètement certaines tentes », confie Mahmoud un ancien caravanier. Il ajoute : « Le nomadisme est à la base de la culture des Bérabiches. Mais, ces derniers temps, il nous amène à chercher la sédentarisation en ville ». 

Des stratégies mixtes

Depuis fort longtemps, les nomades bérabiches vivent loin, dans l’un des plus grands déserts au monde, aux côtés de leurs voisins touareg. Ces dernières années, nous assistons de plus en plus à une sédentarisation massive de ces nomades. Une bonne partie d’entre eux détient des ovins et des bovins qu’ils amènent sur le long du fleuve Niger où ils ont accès à l’eau, ce qui est essentiel pour un nomade. Autour de hameaux, quelques familles s’adonnent à l’agriculture. Fatma est native de Tihergu, village bérabiche sur le fleuve. Elle explique : « Grâce à la sédentarisation, j’ai appris comment faire du maraîchage en cultivant des tomates, des oignons, des légumes et des céréales, et comment subvenir à mes besoins en condiments ».

L’élevage se fait grâce aux bourgoutières. L’activité autour des bourgoutières est exercée par un grand nombre de jeunes de Tihergu. Elle constitue une source de revenus incontestable pour subvenir aux besoins de ces jeunes et de leur communauté. L’activité est en général confiée à un responsable plus âgé. L’un d’entre eux, Salah, connaît les bourgoutières depuis son enfance. «Les nomades qui fréquentent les pâturages loin du fleuve sont nos clients, explique Salah. Ils paient auprès de nous du bourgou durant les mois de mai et juin, quand il y a manque de pâturage pour leurs animaux. Mais, ceux qui sont plus près du fleuve, leurs animaux s’y baignent encore, surtout pendant la période de l’été.» 

Changement des pratiques

Ceux qui ont préféré camper au nord de Tombouctou détiennent des chameaux. Ils partagent leur vie entre la ville et leurs campements. Ils préfèrent les zones à arbustes, parce que les chamelles se nourrissent d’aliments durs et épineux que d’autres animaux ne peuvent pas manger. Les nomades choisissent sagement le lieu où les chamelles peuvent être élevées dans les bonnes conditions, car ce sont des animaux essentiels à leur mode de vie. « Chaque année, ils partent deux fois à Taoudeni pour le transport du sel », précise Souedi, un éleveur de chameaux. Nous sommes conscients que la caravane constitue l’un des moyens de transports et d’échange les plus efficaces chez les nomades qui possèdent des chameaux. Pour cela, il est de notre devoir de prendre soins des bêtes en les installant dans des zones où il y a plus d’arbres ».  

Une autre partie des nomades préfère vendre la totalité des animaux pour s’installer en ville. Ils y exercent des activités tels que le commerce et le transport de biens entre des localités. « J’ai pu m’acheter des maisons et des voitures », affirme Abdallah Ould Mohamed, un ancien berger. Avant d’ajouter : « J’ai vécu il y a de cela quarante ans avec ma famille, au nord de Foum-Elba, dans la région de Taoudéni. Quand je rentrais en ville pour saluer mes parents, je me sentais las de rester sous une tente en plein désert, avec l’avancée du désert, les brûlures du soleil et l’épuisement des puits. Chaque matin, un grand nombre d’animaux s’attroupe autour des abreuvoirs vides tandis que les puits sont presque vidés de leur eau. Fatigué, un jour, j’ai décidé de vendre la totalité de mes animaux avec l’accord de ma femme et mes enfants, et de venir nous installer en ville. Dieu merci, j’ai payé une maison où j’ai placé ma famille, ouvert une boutique et payé une voiture avec laquelle mon fils ainé fait le transport entre les villes ».

La sédentarisation des nomades bérabiches a changé essentiellement leurs pratiques d’alimentation et d’hygiène, pour le meilleur ou pour le pire. Malgré tout, cela améliore grandement les conditions de vie. Peut-on réfléchir à un compromis permettant de pratiquer les modes de vie anciens, tout en assurant la santé, la survie et le développement ? Voici un défi pour les communautés et pour les gouvernants.

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