
Accusées de soutenir des groupes armés, d’espionner pour des puissances étrangères ou de poursuivre un agenda caché, les organisations humanitaires sont régulièrement visées par des campagnes de désinformation au Mali.
Dans un contexte marqué par l’insécurité et la méfiance, les organisations humanitaires sont régulièrement visées par des campagnes de désinformation. Les accusations reviennent souvent : soutien à des groupes armés, transport d’armes, espionnage au profit de puissances occidentales ou encore financement du terrorisme.
Pour Aminata Cissé, chargée des relations publiques et presse du Comité international de la Croix-Rouge au Mali (CICR), ces « informations préjudiciables » dépassent les simples fausses nouvelles. Elles regroupent la désinformation diffusée volontairement, les rumeurs relayées de bonne foi, les informations sorties de leur contexte ou encore les discours de haine. « En période de conflit, ces informations peuvent mettre en danger la vie des populations, compromettre la sécurité des travailleurs humanitaires et limiter l’accès à l’aide », explique-t-elle.
Des conséquences bien réelles sur le terrain
Les effets de ces rumeurs ne restent pas cantonnés aux réseaux sociaux. Elles peuvent entraîner une perte de confiance des communautés, des restrictions d’accès aux zones d’intervention ou des suspensions d’activités.
Le chef de mission de Médecins Sans Frontières Belgique au Mali, Désiré Kimanuka, cite un épisode survenu en 2022 dans la région de Gao. Des messages affirmaient que MSF avait exfiltré des combattants blessés vers ses bases. À la suite de ces accusations, les installations de l’organisation ont été fouillées et certaines activités temporairement suspendues, le temps de clarifier les faits avec les autorités. « Lorsque nos mouvements sont interrompus, les médicaments n’arrivent plus dans les centres de santé que nous appuyons. Ce sont les populations qui en subissent directement les conséquences », souligne-t-il.
Selon un rapport publié en 2025 par l’ONG Insecurity Insight sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger, il est difficile de prouver qu’un contenu publié en ligne provoque directement une attaque contre une organisation humanitaire. En revanche, les discours hostiles contribuent à banaliser la violence et à accroître les risques auxquels sont exposés les travailleurs humanitaires.
Pourquoi les organisations humanitaires parlent à toutes les parties
L’un des reproches les plus fréquents concerne les échanges que les organisations humanitaires entretiennent avec les différents acteurs du conflit. Le CICR rappelle que ce dialogue est indispensable à l’accomplissement de sa mission. Il vise exclusivement à garantir l’accès aux populations civiles, la sécurité des équipes humanitaires et le respect du droit international humanitaire. « Ce dialogue ne constitue en aucun cas un soutien à une partie au conflit », insiste Aminata Cissé.
Même position chez MSF. Désiré Kimanuka rappelle que les soins sont prodigués uniquement selon les besoins médicaux, sans considération de l’identité ou des opinions des patients. « Notre seule mission est de soigner les personnes qui souffrent. Nous travaillons en appui aux structures de santé de l’État malien, dans le respect des principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. »
Le responsable souligne également une confusion fréquente : les centres opérationnels de MSF, comme MSF Belgique ou MSF France, ne dépendent pas des gouvernements de ces pays. « Nous n’avons aucun lien avec les États belge ou français. L’essentiel de notre financement provient de dons privés », précise-t-il.
Comprendre le mandat des acteurs humanitaires
Pour le CICR – comme pour MSF – les journalistes, les créateurs de contenus et les internautes ont une responsabilité commune dans la lutte contre la désinformation. Les deux organisations recommandent de vérifier systématiquement les informations, de les replacer dans leur contexte et de contacter les organisations concernées avant de relayer des accusations. « Les journalistes connaissent leur métier. Ils vérifient leurs sources, respectent les règles déontologiques et prennent le temps de comprendre notre mandat ainsi que nos principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance », estime Désiré Kimanuka.
Le même appel est lancé au grand public. « Avant de publier ou de partager une information, vérifiez sa véracité auprès de sources fiables et interrogez-vous sur les conséquences de sa diffusion », conclut Aminata Cissé.
En période de conflit, rappellent les deux organisations, une rumeur ne se limite pas à une fausse information : elle peut retarder une intervention humanitaire, priver des populations de soins et mettre des vies en danger.






