Tombouctou : dans certains milieux, une norme nommée « gavage » des jeunes filles
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Tombouctou : dans certains milieux, une norme nommée « gavage » des jeunes filles

Le gavage est pratiqué depuis longtemps dans certaines communautés, notamment dans le nord du Mali. Cette pratique, qui consiste à bourrer une jeune fille de nourriture, a des conséquences néfastes pour la santé et pour l’estime de soi.

D’où je viens, à Tombouctou, les rondeurs sont synonymes de beauté et de grâce chez les femmes. Mais aussi, elles sont symboles de prospérité pour les familles. Aussi, beaucoup d’hommes sont généralement plus attirés par les femmes rondes avec des formes considérées comme gracieuses. Pour cette raison, les filles, dès leur jeune âge, sont gavées parfois sous le coup de la force. Elles sont obligées de manger le double de ce que leurs frères consomment.

Cependant, le gavage n’est pas seulement une question de beauté. Ses objectifs impliquent aussi le mariage de ces enfants. Le gavage donne des airs d’adulte et laisse croire que la jeune fille, souvent encore mineure, est prête à se marier et fonder une famille. Lorsque les filles sont gavées dès l’enfance, elles ne se rendent compte de rien et trouvent normal de manger de la sorte. Par contre, celles qui refusent le gavage sont parfois malmenées.

Mal dans ma peau

Lorsque je rentre chez moi pour y passer les vacances, la première des choses que mes proches remarquent, c’est que je n’ai pas grossi. Ils me demandent si je mange bien, ou si je mange tout court, à Bamako. Ils vont même jusqu’à penser que je souffre d’une maladie incurable. Souvent, je ne profitais pas bien de mes vacances, car je préférais rester à la maison. Dans un milieu où le gavage est la norme, j’évite de rencontrer le regard des gens et leurs critiques par rapport à mon physique.

Je ne peux pas porter certains voiles traditionnels, car ils sont typiquement confectionnés pour un certain type de femmes. Il faut le reconnaitre, cet accoutrement sied mieux à une femme ronde qu’à une mince comme moi.

Minceur est égal à supplice

On attribue le plus souvent aux filles minces des surnoms moqueurs en sonrhaï et dans d’autres langues, comme « dedji kourou » (« viande séchée »), « biri biri » ( « tas d’os »), « petites fesses » (« pèguèlè » ) en bamanakan, et  « plaque Sida ».

Et puis l’on te lance : « Ça sera difficile pour toi de trouver un mari avec ce physique. Tu as l’air de quelqu’un qui est malade. Si tu ne grossis pas, aucun vêtement ne t’ira. Est-ce qu’on t’attache les mains à l’heure des repas, et donc tu ne manges pas ? »

Lorsqu’on tente de se montrer un peu plus gentil, on t’appelle « Miss disquette », ou « Coca-Cola » (pour rappeler la forme de la bouteille de la boisson Coca-Cola).

Changer pour plaire aux autres : grosse erreur !  

Il existe différents standards de beauté physique, mais aussi différents métabolismes. Il est facile pour certaines de prendre du poids, et pas pour d’autres. Certaines filles minces ne grossissent qu’après le mariage, et après un ou deux enfants. Certaines restent minces même après 8 enfants. D’autres femmes font tout pour « ‘garder la ligne’ » et ne veulent en aucun cas grossir.

A mon avis, l’apparence physique ne définit pas l’état de santé d’une personne. L’obésité conduit souvent à des maladies comme le diabète et les problèmes de tension, qui, elles, peuvent déboucher sur un handicap à vie.

Tout ce que l’on peut préconiser, c’est de développer sa confiance en soi, de s’aimer soi-même. Voici l’essentiel. Ce n’est qu’en s’aimant et en se valorisant que les autres seront obligés de nous respecter.

Nous n’avons pas besoin de changer quoi que ce soit en nous, seulement parce que les gens ne sont pas satisfaits de ce qu’ils voient. L’essentiel est d’être en bonne santé. Car, quoi qu’il en soit, il y a toujours quelqu’un quelque part qui nous aime pour ce que nous sommes.

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