Éditorial : une armée à double tranchante
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Éditorial : une armée à double tranchant

Le gouvernement d’ouverture du premier ministre Moctar Ouane, pourtant obtenu à l’arrachée, pourrait avoir une durée de vie extraordinairement courte. Sauf grosse surprise. Quelques heures après que le nouvel attelage gouvernemental a été dévoilé, des rumeurs persistantes ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, annonçant des bruits de bottes entre Kati, la ville garnison, et la capitale malienne, Bamako. Que tout le monde pouvait considérer comme il l’entendait : les uns comme une arrestation du président de transition Bah N’Daw et de son premier ministre Moctar Ouane, les autres comme une réunion entre l’ex-junte et ces derniers. Pourquoi ? Au sein de l’ex-junte, deux membres emblématiques, les colonels Sadio Camara et Modibo Koné, n’auraient pu avaler la pilule de leur éviction du gouvernement de transition. Et qu’ils auraient exigé la démission du premier ministre et de son gouvernement. Il se dit et s’écrit beaucoup de choses, et la situation est telle qu’une vache n’y retrouverait pas son veau.

Un constat s’impose tout de même : nous avons, disons-le clairement, une armée à double tranchant. Et dont l’attitude de certains éléments nous impose aujourd’hui d’« examiner le passé, se rendre compte de ce que nous avons vécu et en comprendre le sens », pour reprendre Milan Kundera. Le fait est que depuis la chute de Modibo Keïta, en 1968, l’armée au Mali a toujours interrompu les dynamiques politiques, en violation de sa mission régalienne qui est d’assurer la sécurité et l’intégrité de la nation. Nous ne pouvons faire l’économie d’un débat sur l’armée, ce qu’on va en faire et ce qu’on veut qu’elle soit. Car le respect des normes et des règles incombe aussi à l’armée, qui, grand malheur, reste dans une mentalité de domination vis-à-vis du pouvoir civil, pour ne pas dire du civil, et dont des membres ont pris désormais le pli de ne voir midi qu’à leur porte.

Depuis le renversement d’Ibrahim Boubacar Keita–le 18 août 2020– et l’installation de la transition, nous sommes engagés dans une course contre la montre. Tout semble jouer contre nous, pas seulement le temps. Sans oublier que nous sommes un pays criblé de défis où les acteurs ne doivent pas, pour donner l’exemple, s’engluer dans des querelles de pouvoir. A défaut des réformes pour asseoir la base d’une refondation, les élections prévues dans moins d’un an restent le « seul espoir », « la seule lueur dans les ténèbres » maliennes.

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