Humeur : laissez-nous faire de la politique !
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Humeur : laissez-nous faire de la politique !

Aujourd’hui, s’engager en politique, c’est prendre le risque d’être traumatisé, menacé, emprisonné. Dans notre pays, l’espace politique est devenu un champ miné où la peur et la crainte règnent. On ne peut plus dire qu’on fait de la politique au Mali.

Pourquoi faire de la politique fait-il peur dans notre pays ? La raison en est que la politique, pour beaucoup de gens, renvoie à des tensions et des violences.

Face à la peur

Mes parents s’inquiètent beaucoup et me demandent de me taire – ce que je refuse de faire. Ma mère partage avec moi ses inquiétudes chaque soir. Elle sait que je suis un militant. Je la rassure. Mais dans nos échanges sur WhatsApp, elle est devenue de plus en plus insistante en me demandant de me taire et de ne pas répondre aux gens pour ne pas me mettre en danger.

Je sais que je ne suis pas le seul. D’autres jeunes maliens vivent la même situation que moi : des parents, frères, sœurs, amis, voisins s’inquiètent de leur engagement et leur conseillent de s’éloigner de la politique. Ils regardent avec inquiétude dès qu’on parle de politique. Certains vont même jusqu’à interdire à leurs enfants, parents, amis d’entrer en politique.

Au Mali, dans l’imaginaire collectif, politique rime avec trahison et méchanceté. On pense que faire de la politique, c’est s’exposer, mentir, corrompre. C’est prendre le risque de « disparaître », d’être trahi, ou d’être détruit. Je refuse que la politique soit réservée seulement aux cyniques. Je refuse cette vision de la politique, car pour moi l’engagement politique est l’ensemble des actions politiques menées par des citoyens pour changer et développer la cité. Je crois que la politique peut et doit même être éthique, morale, sincère, vraie et humaine.

Ce n’est pas normal

La peur, le traumatisme, les menaces, la trahison sont les symptômes d’un espace politique malade. Malade du manque de liberté d’expression, d’engagement sincère et d’association. L’engagement politique ne devrait pas être associé à la peur, au mensonge. Il est temps de changer cette mentalité, de déconstruire cette image toxique de la politique. Car en réalité, ce rejet de la politique nous affaiblit tous. Il laisse le champ libre à ceux qui n’ont ni scrupule, ni vision. Il prive notre pays de la relève, des forces vives, des consciences nouvelles ; donc d’une nouvelle manière de faire de la politique. Parce que tout est politique, notre pays est politique.

Nous interdire de faire de la politique, c’est interdire de participer à la vie de la nation, nous mettre à l’écart, loin de notre avenir. Or, je n’envisage pas d’être à l’écart de mon avenir. C’est pourquoi j’ai choisi de prendre mon avenir en main et de faire de la politique.

Tous pourris en politique au Mali ? 

Dire que « tous [les acteurs politiques sont] pourris » est dangereux. C’est laisser le terrain aux mafieux. Pourtant, il y a de bonnes personnes en politique. Celles qu’il faut croire encourager et soutenir. Des personnes avec une vision claire, structurée, honnête et qui ont une vraie éthique. Ce sont elles les vrais exemples à suivre et à croire.

Nous sommes une génération debout qui refuse de vivre dans le silence et la peur. Nous sommes une jeunesse qui refuse de se taire. Nous croyons que la politique peut être propre, utile, digne. Nous croyons que l’engagement n’est pas un crime. Et que faire entendre sa voix n’est pas une provocation, ni un manque de respect aux aînés. Nous ne demandons pas la permission d’exister, car on existe déjà. Nous portons un engagement fort et sincère pour notre pays.

Il est temps de briser le silence. De défendre ceux qu’on veut faire taire, redonner du sens à l’engagement politique. Voilà notre mission : laissez-nous faire de la politique !

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