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Remettre les droits des femmes rurales au centre des débats

Les femmes rurales manquent de tout, et leurs droits sont bafoués jour et nuit. Pourtant, leurs problèmes ne sont presque jamais évoqués dans le débat, qui est monopolisé par les femmes urbaines. À l’occasion de la journée internationale de la femme rurale, le blogueur Fousseni Togola appelle les activistes à défendre de plus en plus les droits de la femme rurale.

Les femmes rurales maliennes constituent à mes yeux une couche laissée-pour-compte. Beaucoup d’entre elles n’ont aucune connaissance de leurs droits, ni de l’existence d’un combat visant à défendre leurs causes.

J’ai eu la chance de séjourner dans deux petits villages de la région de Ségou, respectivement Sanando et Gouendo. Les femmes de ces contrées continuent à être considérées comme des mères de famille dont le rôle fondamental se résume à la reproduction et l’entretien de la famille.

Elles sont appelées à préparer le repas qui doit être prêt à 11 heures du matin. Elles partent chercher le bois de chauffage sur leur tête. Le mercredi, elles marchent près de 3 à 4 kilomètres pour se rendre au marché. Durant l’hivernage, elles partent tous les jours le matin de bonne heure cultiver les champs ou chercher des noix de karité. Les hommes eux se contentent de la récolte, et consacrent la saison sèche au mariage de nouvelles femmes.

Des infrastructures de santé absentes

L’autre aspect qui m’a le plus choqué concernant les femmes rurales de Sanando, mais aussi de celles de Wacoro dans le cercle (Région) de Dioïla où j’ai également fait un séjour, est l’accès à la santé. Les villages environnants ces arrondissements ne possèdent pas de dispensaires ou de centres de santé. En conséquence, les femmes continuent d’accoucher traditionnellement, assistées de vieilles dames, sans anesthésie, avec tout ce que cela comporte comme risques et souffrances.

Ces femmes rurales, il faut le dire, n’ont aucune possibilité de développement dans ces situations. Les petites filles qui vont à l’école savent que c’est pour une courte durée, le temps qu’il faut pour grandir un peu et trouver un mari, et s’occuper des tâches ménagères jusqu’à la fin de leur vie.

Micro-crédit

À Sanando, quand j’ai appris que la « Kofo Jiginew », une banque de crédit et d’épargne dans les coins ruraux, s’implantait afin d’appuyer les femmes, j’étais très content. Cette banque accorde des crédits aux femmes pour qu’elles mènent le commerce, mais plusieurs d’entre elles se font avoir par leurs maris qui leur spolient cet argent.

Les femmes rurales au cœur du débat

Face à ces situations, je pense que c’est très encourageant que l’ONU ait choisi comme thème de la journée internationale de la femme rurale célébrée ce 15 octobre 2018 : « Infrastructure durable, accès aux services publics et protection sociale au service de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles rurales ».  Ce thème correspond parfaitement aux besoins des femmes rurales du Mali.

Je pense que les activistes qui défendent la cause des femmes devraient se tourner vers ces femmes rurales qui manquent de tout, dont les droits sont bafoués jour et nuit, souvent sans qu’elles en soient conscientes. Dans le débat, ce sont les problèmes de la femme urbaine qu’on entend, alors que les problèmes que vivent les femmes rurales ne sont presque jamais évoqués. Ce n’est pas juste. Il est temps que ça change.

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