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Dramane Aliou Koné : « C’est aux journalistes de lutter pour améliorer leurs conditions »

Au Mali, un vent de liberté semble souffler sur les médias, mais les journalistes demeurent confrontés à un océan de difficultés. Le président de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné, répond aux questions de Benbere.

Quelle est la situation de la liberté de la presse au Mali ?

La situation n’est pas mauvaise en soi. Si on s’en tient au classement de Reporters sans frontières, le Mali a fait un bond en avant de 3 places : de 115e on est passé à la 112e place. C’est une avancée, même si on est encore loin de l’époque où on était devant la France ou la Grande Bretagne. Néanmoins, le journalisme au Mali reste un métier précaire et difficile.

Qu’en est-il des atteintes à la liberté de la presse ? Des cas sont très souvent déplorés comme celui de Salif Diarrah, sous contrôle judiciaire et empêché de travailler, Boubacar Yalkoué, condamné  à 6 mois de prison, etc.

Le cas de Salif Diarrah est un scandale mondial. Jamais on a vu un journaliste poursuivi juste pour avoir demandé à un ministre de démissionner. C’est tout ce qu’on lui reproche. Et, tant que les journalistes ne s’unissent pas, des cas pareils continueront. Je suis particulièrement ce dossier et c’est vraiment décevant de constater le manque d’union des journalistes au sujet de cette affaire. Le jour où Salif Diarrah a été entendu à la justice, nous n’étions que 16 journalistes à ses côtés. J’ai compté 16 !

Pour ce qui est du cas de Boubacar Yalkoué, il faut dire qu’une plainte contre un journaliste n’est pas en soi un recul de la liberté de la presse. C’est un droit de tout citoyen malien de porter plainte contre un journaliste s’il estime que ce dernier lui a causé du tort. Ce qui est déplorable, c’est quand la justice se laisse manipuler par les politiques, et malheureusement c’est ce qui s’est passé dans le cas de Boubacar Yalkoué. La Cour constitutionnelle était juge et partie.

Depuis 2016, le journaliste Birama Touré est porté disparu et reste introuvable. Qu’est-ce que la Maison de la presse a fait et continue à faire dans ce dossier ?

La Maison de la presse n’est pas restée en marge de cette affaire. Nous avons porté plainte, des sit-in ont été organisés et même des manifestations. Nous avons saisi les institutions de la République et sommes allés jusqu’à rencontrer le Premier ministre de l’époque (Modibo Keïta, ndlr), son ministre de la Communication, et le directeur général des services de renseignement(S.E). Tous nous ont assuré de leur accompagnement et leur soutien.

Nous avons rencontré la famille du disparu que nous avons soutenue financièrement. Des révélations on été faites dans certains journaux, des convocations émises. La justice est lente, elle a son rythme. Ce qui est sûr, nous sommes toujours sans nouvelle mais restons mobilisés avec l’accompagnement des organisations comme Reporters sans frontières, Amnesty International pour au moins savoir ce qui est réellement arrivé à notre confrère Birama Touré.

Pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes, où en sommes nous avec le contrat collectif ?

La convention collective dont vous parlez a été signée par beaucoup. A l’époque, j’étais le président de l’ASSEP (Association des éditeurs de presse privée, ndlr) et j’avais refusé de signer parce que c’était du cinéma à mes yeux. On voulait juste faire plaisir à des gens et vous constatez vous-même qu’elle n’a jamais été appliquée.

Ce qu’il faut dire aux journalistes, c’est que personne ne viendra faire la lutte pour l’amélioration de leurs conditions à leur place. C’est à eux de s’organiser et de faire face aux patrons de presse. C’est une lutte de classe. Dans la classe des patrons de presse, il n’y a pas que  des mauvais élèves. Il y a des organes où tous les journalistes sont salariés et inscrits à l’INPS (Institut national de prévoyance sociale, ndlr). Donc, c’est faisable et ce n’est pas de la mer à boire.

On constate la détérioration de la qualité du travail des journalistes au Mali. Que fait la Maison de la presse pour y remédier ?

La Maison de la presse investit fortement dans la formation des journalistes. Nous avons un programme de formation avec l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille), qui coûte plus de 200 millions de FCFA par an, et c’est la quatrième année.  Chaque année, une centaine de journalistes sont inscrits à l’Institut français à travers la Maison de la presse pour parfaire leur niveau en français.

La Maison de la presse a fait de la formation continue son cheval de bataille, parce qu’aujourd’hui la presse malienne est le dernier de la classe dans la sous-région. Je voyage très souvent et je vois les autres journaux. Pour que cela change, il faut qu’on travaille.

Quel type de relation existe entre la maison de la presse, et les institutions maliennes en charge des médias ?

La Maison de la presse est comme l’Assemblée générale de toutes les organisations importantes de la presse. Nous avons un bon rapport avec l’ASSEP. Nous travaillons ensemble. J’ai d’abord été président de l’ASSEP avant la Maison de la presse. Les rapports sont bons avec la Haute autorité à la communication (HAC). La Maison de la presse travaille avec l’ensemble des acteurs des medias au Mali.

Quel doit être le rôle de la presse dans le contexte actuel du Mali ?

Le contexte est délicat, le rôle d’un journaliste doit être la promotion de l’information. Nous devons faire en sorte que les Maliens puissent accéder à une information vérifiée, vérifiable, qui n’est pas tendancieuse. Ne jetons pas de l’huile sur le feu.  C’est cela  notre devoir premier. Avant toute chose, nous sommes Maliens et, donc, participons à la promotion de la paix et restons profondément professionnels.

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