Mali : malgré la guerre, joyeuses fêtes de fin d’année !
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Mali : malgré la guerre, joyeuses fêtes de fin d’année !

Au Mali, les fêtes de fin d’année arrivent dans un contexte marqué par la dégradation de la situation sécuritaire. Malgré tout, le blogueur Wamseru A. Asama appelle à garder espoir.

La semaine prochaine, dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 décembre, la grande majorité des chrétiens à travers le monde fêteront Noël 2019. Païenne au départ, la fête de Noël ou encore fête de la nativité, est devenue au fil des siècles une des plus grandes fêtes chrétiennes. Elle célèbre, en effet, la naissance de Jésus-Christ (J.-C) ou Nabi Issa chez les musulmans. Sauveur de l’humanité pour les chrétiens, J.-C est, pour les musulmans, un des prophètes devanciers de Mahomet.

Bien que les musulmans constituent la majorité de la population malienne, cette fête ne passe pas inaperçue dans le pays, surtout dans les villes. En effet, dans notre pays, il existe dans certaines grandes familles des membres appartenant aux deux confessions : chrétienne et musulmane. De même, des liens forts d’amitié voire matrimoniaux existent entre familles chrétiennes et musulmanes. Et, comme au Mali toutes les fêtes sont accompagnées de ripailles, il n’est donc pas rare que des musulmans participent aux somptueuses agapes organisées par les chrétiens et vice-versa. Cela prouve que la fête de Noël n’est pas uniquement célébrée par des chrétiens, du moins dans son volet festin.

« La nuit des trahisons »

Une semaine après Noël, c’est le réveillon de la Saint-Sylvestre ou le réveillon du jour de l’An. C’est une coutume qui consiste à fêter l’arrivée du nouvel an du calendrier grégorien. Sans risque de se tromper, on peut dire que c’est l’évènement de l’année le plus fêté. Cette fête est si populaire qu’on l’appelle tout simplement « le 31 ». Elle a une particularité gastronomique au Mali : c’est la fête aux volailles ! A cette période, les prix des volailles prennent l’ascenseur. Le 31 décembre, tout le monde veut manger du poulet ou autres dinde, oie, pigeon, etc. Dans tout autre domaine, bars, boîtes de nuit font leurs meilleures recettes d’une nuit, ce soir-là. Salons de coiffure, ateliers de couture pour dames, boutiques pour produits de beauté, ne sont pas en reste pour d’exceptionnelles rentrées ! C’est aussi pour les jeunes et même moins jeunes amoureux « la nuit des trahisons ». Beaucoup de couples se font et se défont cette nuit-là. Il est arrivé que certains adolescents se soient trucidés par déception de la « nuit du 31 » !

Image d’Épinal

Bien que dispendieuses, ces fêtes de fin d’année permettent aux Maliens accablés de toutes parts de décompresser. Elles permettent d’oublier un moment que le pays est en guerre et sous-perfusion des forces armées étrangères. Ses régions du nord et de l’est ne sont pas encore redevenues maliennes à part entière ; ses régions du centre continuent de s’embraser :  l’autorité de l’État s’est effilochée comme une peau de chagrin, ne se limitant que dans les villes, et encore !

Et, depuis quelques semaines, morts et désolations ne sont plus l’apanage des Maliens : c’est tout le Sahel qui est concerné. Les actions de ces terroristes provoquent ainsi des victimes par dizaines, endeuillant ainsi de nombreuses familles. Le temps de ces fêtes constitue donc, pour les Maliens, un hallucinogène qui donne à leur pays une image d’Épinal d’un pays normal.

Par ailleurs, dans le piétinement dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix, issu du processus d’Alger signé à Bamako en 2015 et dans ce maelström ténébreux de violences provoqué par des obscurantistes sans foi ni loi, le Mali semble désemparé, inhibé. Toutefois, avec l’ouverture du Dialogue national inclusif (DNI), qui s’est déroule du 14 au 22 décembre 2019, une rai lumineuse est venue percer cet univers apocalyptique et cauchemardesque dans lequel vit le pays. En effet, ce dialogue vient à point nommé, donnant ainsi la possibilité aux Maliens de se parler et de trouver des solutions idoines aux problèmes qui les assaillent et sans interférences extérieures. Les premiers jours de ce dialogue ont indiqué qu’il y avait de l’espoir.

Malgré ce sombre tableau, tout en vous demandant d’être sobres, je souhaite à vous tous, qui nous lisez, joyeuses fêtes de fin d’année.   Puisque « vivre sans espoir, c’est cesser de vivre », selon Fiodor Dostoïevski, et puisque nous voulons vivre, alors, disons avec Martin Luther King : « Il faut accepter les déceptions passagères, mais conserver l’espoir pour l’éternité. »

 

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