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Les mines d’or artisanales à Sikasso, une richesse ou un malheur ?

Au Mali, il y a un boom de l’exploitation artisanale de l’or, notamment dans les régions de Kayes et de Sikasso. Dans ces régions, si les mines constituent une aubaine économique pour les populations, les conséquences sociales et environnementales n’en demeurent pas moins inquiétantes. Le blogueur Souleymane Sangaré s’est rendu au village de Bananso, dans la région de Sikasso, où l’extraction de l’or a supplanté les activités agricoles.

L’envers de la médaille est qu’un nombre important de ces sites d’orpaillage artisanal disparaissent au bout de cinq ans et laissent un terrain dévasté parsemé de puits et galeries d’une vingtaine de mètres de profondeur, et donc inexploitables à d’autres fins, hormis le fait d’être des pièges pour les animaux sauvages et les populations elles-mêmes.

Mais le plus inquiétant est que dans les villages où se trouvent les sites, les paysans acceptent de céder leurs champs afin qu’on y exploite de l’or. A Bananso, un village dans la commune de Fourou à environ 100 km de Sikasso, les maisons construites en dur étaient rares il y a quelques années. Aujourd’hui, grâce à l’orpaillage, le village compte plus d’une dizaine de bâtiments à deux niveaux. Le village a pris le chemin du développement, selon les habitants. Mais à quel prix ?

Effets néfastes du cyanure

Le fait est qu’à Bananso, l’or est exploité sur des terres qui servaient à l’agriculture auparavant et, plus inquiétant encore, avec l’accord des propriétaires, qui acceptent pour la part qu’ils auront sur chaque gramme d’or extrait. Or, ce n’est un secret pour personne que les orpailleurs utilisent des produits chimiques (mercure, cyanure) pour traiter l’or. Des produits dont les villageois ignorent les effets néfastes pour les sols, mais surtout pour la nappe phréatique, sans parler des sérieux problèmes de santé que cela pourrait poser dans les années à venir. Mais, actuellement, on assiste à un abandon des villages, des champs et potagers de la part des jeunes pour se ruer vers l’orpaillage.

Amadou Sogodogo, un jeune de Bananso, avec qui j’ai échangé lors de mon passage, a son explication de la découverte de l’or dans son village : « C’est une bénédiction de Dieu si aujourd’hui il y a de l’or ici, chez moi. Nous sommes à quelques kilomètres de la mine d’or de Syama, l’une des plus grandes en activité au Mali. Et malgré la proximité, nous ne bénéficions presque pas des revenus de cette mine. »

Il a rappelé qu’il y a quelques années, des affrontements ont opposé les jeunes de Bananso aux forces de l’ordre, car « pour la mine (de Syama, NDLR), nous exploitions une parcelle qui lui appartenait. »

Et lorsque je lui ai posé la question de savoir si le village a pensé au futur, à ce qui viendra après cet âge d’or, si ces champs pourront servir à autre chose, si les villageois prévoient de boucher les galeries pour ensuite continuer à faire de l’agriculture, au risque d’exposer le village un jour à la famine, il a répondu : « Pour l’instant, l’important c’est d’avoir de l’or et faire le maximum de profits. Avec l’argent, rien n’est impossible. Et si demain il n’y a plus d’or, nous trouverons une solution. »

A Nampala, dans la commune de Finkolo-Ganadougou, c’est le même constat : des dizaines d’hectares dévastées qui donnent à voir un paysage de désolation. À cette allure, je pense que le Mali court directement vers la famine si jamais rien n’est fait. Surtout que les mines artisanales continuent de voir le jour un peu partout dans le pays. N’est-il pas temps que le code minier de 2012 ( qui est aussi en relecture) s’applique correctement dans ce secteur, en ce qui concerne les couloirs d’orpaillage, afin de conserver les terres riches et favorables à l’agriculture ? Avoir de l’argent grâce à l’or, c’est bien, mais ne pas importer de quoi vivre est encore meilleur.

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