Sikasso : à Lobougoula, l’inquiétante prolifération des cliniques privées
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Sikasso : à Lobougoula, l’inquiétante prolifération des cliniques privées

A Lobougoula, dans la région de Sikasso, l’installation anarchique des cliniques privées constitue un danger pour les populations, déplore le blogueur Souleymane Sangaré.

Lobougoula, située à 50 km de Sikasso, est une commune et chef-lieu d’arrondissement composé de trente-cinq villages. Et dans chaque village, se trouve au moins un cabinet de soins.

Si aujourd’hui la ville de Sikasso est fière d’avoir l’un des plus grands centre hospitaliers du Mali classé premier national, il en est autrement dans certaines communes de la région. A  Lobougoula,  au moins  trois cabinets de soins y sont implantés, avec un seul Centre de santé communautaire, qui date de plus de trente ans. Ce dernier est mal équipé avec un bâtiment principal délabré, construit sous le régime de Moussa Traoré.

Il n’a de centre de santé que de nom, car il manque de tout : personnel, équipements et médicaments. Du coup, les personnes aisées préfèrent partir se soigner à Sikasso.

Des cliniques mercantiles

Cette situation arrange des anciens médecins de la région à la retraite. Ces derniers profitent de leur statut pour créer des cliniques pour proposer leurs services et, par ricochet, se faire de l’argent. Depuis, les cliniques privées sans services de qualité pullulent dans la localité.

Pendant que j’abordais le sujet avec un ami, son oncle était juste à côté de nous et n’a pu s’empêcher d’intervenir. « Quoi de plus lorsqu’on a une clinique à proximité ? Nous n’avons plus besoin de transporter nos malades jusqu’à Sikasso. Mais, je me demande si les promoteurs de ces cliniques que je qualifie de ‘cliniques de la mort’ ont-ils des brevets qui leur permettent d’exercer et surtout de pratiquer la chirurgie », s’est-il écrié.

Curieux, choqué et abasourdi à la fois, je cherche à entrer en contact avec le maire de la commune pour savoir si ces cliniques ont une autorisation donnée par la mairie.

Prolifération anarchique

Le maire, Daouda Koné, me confirme avoir connaissance d’une clinique qui pratique la chirurgie, mais avec un chirurgien basé à Sikasso. Il se déplace pour venir faire les opérations. Le maire, qui n’a pas été clair sur l’autorisation d’installation des cabinets, dénonce tout de même leur prolifération anarchique. « La question de la santé est devenue aujourd’hui, pour certains, un fonds de commerce. Parce que quelqu’un a un peu d’argent, il se lève un matin pour créer son cabinet », regrette-t-il.

Selon l’édile local, le problème est tellement complexe qu’il est difficile de lutter tout seul. « Si tu décides de lutter tout seul, tu risques de te casser les dents, parce que le problème est national. Il faut une synergie pour y mettre fin. Le maire est habilité à fermer ces cabinets de soins, mais lors des rencontres avec les centres de santé de référence, la question divise », ajoute-t-il.

Même si certaines cliniques privées ont un impact négatif sur la santé des populations, d’aucuns proposent leur régularisation. « Ces cabinets de soins comblent le vide laissé dans certaines localités. Nous savons tous que les mutuelles de santé de la région de Sikasso souffrent et peinent à satisfaire les populations », explique un habitant de la localité sous couvert d’anonymat.

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