Avion présidentiel, ristournes de coton … Ces affaires de corruption les plus marquantes
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Avion présidentiel, ristournes de coton … Ces affaires de corruption les plus marquantes

Détournements massifs, enrichissements illicites, marchés truqués… Depuis plusieurs années, le Mali est secoué par des affaires de corruption d’une ampleur inédite. Certaines ont défrayé la chronique, d’autres ont été étouffées. Toutes ont contribué à alimenter la méfiance des citoyens envers leurs dirigeants.

L’affaire de l’avion présidentiel

L’une des affaires les plus notoires remonte à 2014, sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keita (IBK), avec l’achat d’un avion présidentiel Boeing 737-700 BBJ pour un montant officiel avoisinant 20 milliards de francs CFA (environ 34 millions d’euros) sans appel d’offres. Ce dossier ne se limite pas à l’aéronef : il englobe également des contrats d’achat d’équipements militaires pour plus de 69 milliards de FCFA, signés de manière opaque et en violation flagrante des procédures de passation de marchés publics.

Comme le rapporte Jeune Afrique, le scandale a entraîné un gel des décaissements du Fonds monétaire international (FMI) pendant six mois, en raison des préoccupations de mauvaise gouvernance manifeste. L’affaire a connu un rebondissement judiciaire majeur à partir de 2024, avec l’ouverture d’un procès à Bamako impliquant une dizaine de hauts responsables de l’époque, dont l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances Bouaré Fily Sissoko. Elle a été condamnée, en juillet 2025, à dix ans de prison ferme pour détournement de fonds publics, usage de faux et trafic d’influence.

D’autres personnalités politiques et militaires sont également inculpées ou condamnées, dont l’ancien ministre Moustapha Ben Barka et le colonel-major Nouhoun Dabitao, pour faux et usage de faux. De lourdes amendes leur ont été infligées, totalisant plusieurs dizaines de milliards de francs CFA à verser à l’État malien.

Bakary Togola et les ristournes du coton

L’affaire Bakary Togola est l’un des scandales de corruption les plus retentissants dans le secteur agricole malien, notamment dans la filière cotonnière. Ancien président de la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton (C-SCPC) et de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali (APCAM), Bakary Togola a été accusé d’avoir détourné près de 9 milliards de francs CFA destinés aux producteurs de coton entre 2013 et 2019.

Surnommé le « roi du coton » pour son rôle stratégique et son influence dans ce secteur-clé de l’économie malienne, Togola était aussi un acteur politique influent, ayant notamment soutenu le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) lors de la présidentielle de 2018.

Le procès, tenu à Bamako et très médiatisé, a débouché en août 2024 sur la condamnation de Bakary Togola à cinq ans de prison ferme ainsi qu’à une amende de 10 millions de francs CFA. La Cour d’assises spéciale l’a jugé coupable d’« atteinte aux biens sociaux ». Il devra également restituer près de 8 milliards de francs CFA au Trésor public.

Affaire Mamoutou Touré dit « Bavieux » : un scandale qui secoue la gouvernance du sport au Mali

Mamoutou Touré, surnommé « Bavieux », figure influente du football malien et ancien directeur administratif et financier (DAF) de l’Assemblée nationale, est au centre d’une affaire majeure de détournement présumé de fonds publics. Selon les chefs d’accusation portés par la justice malienne, plus de 17 milliards de FCFA, soit près de 26 millions d’euros, auraient disparu entre 2013 et 2019 à travers des indemnités irrégulières et des dépenses opaques.

Après plus de huit mois de détention préventive, Mamoutou Touré et Issiaka Sidibé, ancien président de l’Assemblée nationale, ont obtenu la liberté provisoire en avril 2025, mais restent sous le coup des poursuites. La procédure judiciaire se poursuit et les accusés continuent à bénéficier de la présomption d’innocence.

La nécessite d’un engagement politique

Ces affaires montrent combien la « grande corruption » mine tous les domaines de la vie politique, économique et sociale du Mali.

Le dernier Indice de Perception de la Corruption classe le Mali parmi les pays les plus corrompus, au 136e rang sur 180 pays, avec un score de 28 sur 100, qui est inférieur au score moyen de l’Afrique subsaharienne de 32 sur 100. Cet indice souligne une gouvernance encore fragile et une justice souvent perçue comme impuissante face aux élites politiques, administratives et financières.

Selon l’économiste Hamza Maïga, cité par Maliweb, « la corruption décourage les investissements étrangers, entrave la croissance économique et aggrave la pauvreté ». Il ajoute que pour que les mécanismes de lutte contre la corruption soient efficaces, le Mali doit « renforcer ses institutions, améliorer la transparence et la reddition de comptes, et promouvoir une culture de l’intégrité à tous les niveaux de la société. Cela nécessite un engagement politique ferme, un renforcement des capacités des acteurs anti-corruption et une participation active de la société civile ».

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