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École : il faut combattre les intimidations et abus sur les élèves

Dans cette tribune, l’enseignante-chercheuse Aïssata Ba appelle parents et enseignants à œuvrer pour faire de l’école un lieu où les enfants s’épanouissent et se construisent, loin des brimades.

La rentrée scolaire est à la fois une période excitante et une source d’anxiété pour les parents et les élèves : la joie de passer à la classe supérieure et les difficultés quant à l’achat des kits scolaires. Les enfants en arrivent à oublier que l’année qui commence peut être marquée par des punitions corporelles, des abus verbaux, psychologiques et émotionnels de la part des enseignants, ainsi que par des affrontements, des persécutions, du harcèlement et des brimades de la part des camarades. Cela fait de l’école à la fois une aventure intimidante, redoutée et traumatisante.

Qui parmi nous n’a jamais été témoin ou victime de ces abus de la part des enseignants et des camarades les plus âgés ? Je n’ai aucune idée de ce que ressent celui qui utilise le pouvoir et le contrôle, car j’ai toujours été celle qui subit mais jamais qui inflige intimidations et coups. Ce que je sais, par contre, c’est que les puissants utilisaient leur énergie et leur force pour s’assurer d’être vénérés et craints.

Jour des esprits

Cela peut se passer à travers des combats sans fin, mais aussi des commentaires déplaisants, des insultes et des intimidations. Certains peuvent aller jusqu’à spolier leur camarade de sa nourriture et de son argent, sans oublier de les mettre en garde contre toute dénonciation. Ces expériences rendent difficile la vie à l’école. Les victimes de tels abus viennent en classe la peur au ventre, en se demandant sans cesse pour qui ils seront le souffre-douleur ce jour-là : le professeur ou les camarades ?

Je me souviens que, dans mon école, le vendredi était considéré comme le jour des esprits (djin) : ces derniers pousseront les élèves vers des bagarres interminables. Ceux qui aimaient se battre ont toujours attendu impatiemment le vendredi. Alors que les enfants, comme moi, détestaient et redoutaient ce jour qu’on ne voulait jamais voir arriver. Ceux qui étaient les plus forts et initiaient ces bagarres donnaient toujours un rendez-vous à leurs victimes, les avertissant qu’ils n’hésiteraient jamais à insulter, à intimider et à frapper, parfois jusqu’au sang.

Santé physique et mentale

Quel rôle les enseignants jouent-ils ? Je n’en ai jamais vu un intervenir. Même s’ils le faisaient, c’était pour faire subir une punition à ceux qui étaient en faute. Cela, au lieu de résoudre les problèmes, rendait les victimes encore plus vulnérables, car même si les violences cessaient, l’intimidation se poursuivait et les menaces persistaient.

Vivre cela peut faire de l’école une torture. Pourtant, les victimes n’avaient presque personne avec qui parler de ces maltraitances, et ignoraient les effets néfastes sur leur santé physique et mentale. Parce que nous ne voulons pas être perçus comme faibles et craintifs, ou encore nous craignons les représailles de nos camarades ou nos enseignants. Il est encore plus inquiétant de constater que nos écoles n’ont aucune ressource presque, voire parfois qu’elles manquent de connaissance sur les effets négatifs de l’intimidation et des autres abus que subissent les élèves. Ainsi, les victimes continueront d’aller à l’école avec toute la douleur et l’inquiétude  liées à la vie d’un enfant battu et maltraité.

Négligence des parents

En ce qui concerne les abus des enseignants, beaucoup les considèrent comme un châtiment corporel destiné à redresser l’apprenant. Cependant, il est important de noter que les abus et l’utilisation de l’autorité par les enseignants ne se limitent pas à la maltraitance physique. Ils incluent également l’intimidation, l’insulte et le rabaissement de l’apprenant. Cela peut faire de l’école un enfer pour les apprenants.

La plupart du temps, les parents négligent, sciemment ou inconsciemment, les brimades, les sévices, et autres abus auxquels leurs enfants pourraient être soumis. Or, il est important de se rappeler, qu’en tant que parents, nous devons nous enquérir de l’état de nos enfants et empêcher que de telles pratiques ne les affectent. De même, les enseignants devraient être ceux qui veillent à ce que les élèves ne soient pas affectés par de tels abus épuisant sur le plan émotionnel et psychologique.

Ces abus sont importants à prévenir et à combattre, car leurs effets psychologiques peuvent affecter la vie, induisant parfois un manque de confiance en soi, d’enthousiasme pour l’éducation.

Les parents devraient veiller à ce que l’école devienne un environnement accueillant pour les enfants pour s’épanouir et se construire, et non un espace où ils sont maltraités. Pour ma part, j’ai survécu au fouet – « fali boussan », comme l’appelaient mes camarades – des professeurs et aux coups et gifles de mes camarades. Pourtant, l’effet psychologique me poursuit toujours dans ma vie d’adulte et d’enseignante.

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Les commentaires récents (3)

  1. Mon premier commentaire va l’endroit de l’auteure pour son courage d’avoir témoigner par rapport à elle même. Ensuite je salue la pertinence du sujet de débat, car il est encore d’actualité et le sera toujours si les personnes concernées (parents, enfants, enseignants, prestataires de santé, encadreurs de sport, bref tous les professionnels en charge des enfants) ne font rien pour changer les comportements et les mentalités. Merci