Ce qu'il faut savoir sur la crise qui a secoué la Femafoot en 2026
article comment count is: 0

Ce qu’il faut savoir sur la crise qui a secoué la Femafoot en 2026

Dossiers judiciaires, démissions en cascade, suspension du championnat national, intervention de la Fifa et élection d’un nouveau président : en quelques mois, la Fédération malienne de football (Femafoot) a traversé l’une des plus graves crises de son histoire récente. Retour sur les événements qui ont plongé le football malien dans une période d’incertitude sans précédent.

Pour de nombreux observateurs, la crise a joué le rôle d’un révélateur. Plusieurs mois avant, des tensions existaient déjà au sein de la Femafoot. La réélection en août 2023 de Mamoutou Touré, dit « Bavieux », avait eu lieu dans un contexte particulier. Placé sous mandat de dépôt dans une affaire judiciaire, le président de la Femafoot ne pouvait plus exercer pleinement ses fonctions sur le terrain.

Malgré cela, la fédération continuait à fonctionner grâce à son comité exécutif. Mais en coulisses, plusieurs responsables dénonçaient des difficultés de gouvernance, un manque de communication et des divergences sur la conduite des affaires du football national.

Pourquoi les dirigeants ont-ils démissionné ?

Le 13 janvier 2026, une dizaine de membres du comité exécutif annoncent leur démission. Parmi eux figurent plusieurs responsables occupant des postes stratégiques. Cette décision surprend une partie du public mais constitue surtout un choc institutionnel. Avec le départ simultané d’une majorité de membres, le comité exécutif se retrouve pratiquement paralysé. La crise change alors de dimension. Elle n’oppose plus seulement des opinions sur les performances des Aigles. Elle met directement en cause le fonctionnement même de l’instance dirigeante du football malien.

Les démissionnaires ont avancé plusieurs griefs, parmi lesquels des divergences sur la gouvernance de la fédération, les processus de prise de décision, la gestion administrative ainsi que l’orientation générale donnée au football national. Pour certains observateurs, l’absence prolongée du président, en raison de ses démêlés judiciaires, aurait également contribué à fragiliser la cohésion au sein de l’équipe dirigeante. « Au-delà des personnes, c’était le fonctionnement même de la fédération qui était en cause, avec une détérioration progressive de l’image du football malien », analyse Mahamet Traoré, spécialiste de la gouvernance sportive. Toutefois, les origines de la crise dépassent le cadre des individus. Elles mettent en lumière des fragilités institutionnelles récurrentes, telles que la personnalisation du pouvoir, les rivalités internes, l’insuffisance des mécanismes de dialogue et de médiation, ainsi qu’un manque de transparence dans certaines prises de décision.

Une vacance au sommet du football malien

Le 18 janvier 2026, la situation se complique davantage. Mamoutou Touré et les derniers membres encore en poste présentent également leur démission. Cette fois, le comité exécutif disparaît pratiquement dans son ensemble. Pour la première fois depuis plusieurs années, la Femafoot se retrouve sans direction politique opérationnelle.

L’inquiétude gagne rapidement les clubs, les ligues régionales et les supporters. Certains craignent une suspension du Mali par la Fifa, scénario qui aurait entraîné des conséquences lourdes. Une telle sanction aurait pu empêcher les sélections nationales et les clubs maliens de participer aux compétitions internationales.

Face à la crise, la Fifa et la Confédération africaine de football (Caf) décident d’intervenir. Le 5 février 2026, les deux organisations prennent officiellement acte des démissions intervenues – sans suspendre le Mali. Leur priorité devient alors d’organiser une transition conforme aux textes.  Une feuille de route est mise en place afin de permettre la tenue d’une Assemblée générale élective extraordinaire. Durant cette période, certaines fonctions administratives et financières continuent d’être assurées afin d’éviter un blocage complet des activités fédérales. Pour plusieurs observateurs, cette décision a permis d’éviter une crise plus grave.

Les conséquences sur le football malien

La crise a alimenté un climat d’incertitude au sein du football national. Plusieurs acteurs s’interrogent encore sur les répercussions de cette instabilité sur le championnat national, les compétitions de jeunes, les centres de formation, la préparation des équipes nationales, les partenariats financiers. Pour les clubs, la stabilité institutionnelle reste essentielle.  « Cette crise a profondément affecté le football malien en créant des divisions entre dirigeants, clubs et acteurs du football, avec des accusations de favoritisme, d’injustice dans les compétitions et d’ingérences ayant parfois influencé les choix sportifs. L’absence d’un projet fédérateur a installé un climat de méfiance qui a fini par impacter les performances, y compris celles de l’équipe nationale », explique Drissa Niono, journaliste sportif.

Les défis du nouveau bureau

Après plusieurs semaines de transition, la Femafoot organise son Assemblée générale élective extraordinaire. Le 16 avril 2026, Mahazou dit Baba Cisset est élu président avec 69 voix sur 72 suffrages exprimés. Pour beaucoup, ce scrutin marque la fin de la crise institutionnelle qui a secoué le football malien.

Le nouveau président hérite toutefois d’une fédération fragilisée et d’un football national en quête de stabilité. Parmi les défis qui l’attendent figurent le rétablissement de la confiance entre les acteurs, l’amélioration de la gouvernance, le renforcement de la transparence et la stabilisation du championnat.

Malgré les incertitudes, certains supporters veulent croire à un nouveau départ. « Nous commençons déjà à voir une différence. La publication du rapport financier et les informations rendues publiques sur le partenariat avec l’équipementier des Aigles sont des gestes de transparence qui rassurent. Nous espérons maintenant que cette dynamique se traduira par de meilleurs résultats pour l’équipe nationale et par une stabilité durable du championnat », estime Moustapha Sylla, supporter rencontré à Bamako.

En plaçant la cohésion des acteurs, l’amélioration de la gouvernance et la structuration du football national au cœur de son mandat, Mahazou Baba Cisset entend tourner la page des divisions. Reste désormais à savoir si cette sortie de crise ouvrira la voie à un renouveau durable du football malien.

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion