Un journal bamakois a affirmé, le 17 mars 2026, qu’« une centaine d’enseignants-chercheurs maliens » s’apprêterait à rejoindre des universités guinéennes. L’article évoque une « saignée de l’élite intellectuelle » et appelle l’État à revoir les salaires pour freiner ce départ. Mais que disent les faits ? Combien d’enseignants sont réellement concernés ? Quels sont les écarts de rémunération ? « Benbere » fait le point.
1. Combien d’enseignants chercheurs maliens ont été recrutés dans les universités guinéennes ?
Selon une liste de 300 enseignants-chercheurs recrutés par la Guinée, signée le 26 décembre 2025 par le président du jury de délibération, et consultée par Benbere, 21 enseignants-chercheurs maliens ont été retenus. Parmi eux, 2 professeurs titulaires, 8 maîtres de conférences, 4 maîtres-assistants et 7 assistants. 12 d’entre eux sont des experts en sciences et technologies, 1 en sciences du langage, 1 en philosophie, 1 en sociologie, 4 en géographie, 1 en droit et 1 en finances.
Les Maliens ne constituent pas le contingent le plus important : la liste compte plus de 100 Béninois et plus de 60 Sénégalais. Selon Dr Oumar Coulibaly, secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP), interrogé par M7 TV, plus de 200 Maliens avaient toutefois candidaté.
Selon les enseignants contactés par Benbere, 10 autres enseignants-chercheurs maliens avaient été recrutés par la Guinée en 2024. Les données disponibles ne confirment donc pas l’idée d’un départ massif immédiat d’enseignants maliens vers la Guinée.
2. Quels types de contrats ?
D’après un candidat malien non retenu, contacté par Benbere, trois principaux types de contrats sont proposés. Le contrat de professeur associé, rémunéré autour d’un million de FCFA par mois, permet de rester basé au Mali tout en intervenant ponctuellement en Guinée. Le contrat résident concerne les enseignants qui désirent s’installer en Guinée. Tous ces contrats sont à durée déterminée, généralement de trois à cinq ans, renouvelables selon la performance. Des évaluations annuelles sont effectuées sur la base des missions confiées, et certains contrats peuvent être résiliés en cas de résultats jugés insuffisants, confirme notre source.
3. Quelles sont les différences de salaires entre le Mali et la Guinée ?
Selon Dr Oumar Coulibaly, « un maître-assistant au Mali se bat pour atteindre 600 000 FCFA de salaire, alors qu’en Guinée, ce même profil peut percevoir jusqu’à 2 500 000 FCFA. Le choix est vite fait ».
Un enseignant-chercheur malien contacté par Benbere confirme cet écart : « Je suis actuellement maître de conférences, avec un salaire d’environ 600 000 FCFA. En Guinée, je pourrais gagner 2 350 000 FCFA. C’est donc tentant », témoigne-t-il.
Un tableau comparatif publié par TM1 met en évidence des écarts salariaux importants entre le Mali et la Guinée pour l’ensemble des grades universitaires. Un assistant percevrait en moyenne 462 921 FCFA au Mali, contre 1 750 000 FCFA en Guinée, soit près de quatre fois plus. Le constat est similaire pour les maîtres-assistants (540 596 FCFA contre 2 060 000 FCFA) et les maîtres de conférences (605 952 FCFA contre 2 370 000 FCFA). Même au sommet de la hiérarchie, un professeur titulaire gagnerait environ 785 864 FCFA au Mali, contre 2 690 000 FCFA en Guinée. Ces écarts, constants selon les grades, confirment une attractivité salariale nettement en faveur de la Guinée.

4. Les enseignants-chercheurs maliens ont-ils les salaires les plus bas de l’AES ?
Dans une étude publiée en 2025, Adama Traoré, enseignant-chercheur à l’ENSup, met en évidence « un net avantage salarial pour le Niger, suivi du Burkina Faso, puis du Mali ». Sans détailler les montants, l’étude indique que seuls 20 % des enseignants-chercheurs maliens se déclarent satisfaits de leur salaire, contre 35 % au Burkina Faso et 55 % au Niger.
Selon cette étude, environ 60 % des enseignants-chercheurs maliens envisagent d’aller travailler à l’étranger. L’étude plaide pour une harmonisation des salaires des enseignants-chercheurs au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la mise en place d’un fonds commun pour la recherche pour éviter les frustrations et garder les meilleurs enseignants dans la confédération.
5. Quid des fonds de recherche et de la mobilité ?
Selon Oumar Coulibaly, le salaire n’est pas la seule raison qui pousse les enseignants-chercheurs à envisager un départ à l’étranger. Il met en avant des conditions de travail jugées peu attractives dans le pays : insuffisance d’infrastructures, accès limité aux bibliothèques et à internet, etc.
Le syndicaliste souligne également le manque de financement de la recherche, avec un fonds dédié non alimenté ainsi que des primes de recherche non versées malgré l’existence d’un décret de 2017 qui régit ce domaine.
