Longtemps peu connu du grand public, le financement des partis politiques au Mali est revenu au centre de l’actualité après la publication, le 30 décembre 2025, d’un rapport d’audit de la section des comptes de la cour suprême.
Couvrant la période 2000–2024, ce rapport, commandé par les autorités de la transition, met en évidence l’importance des fonds publics versés aux partis, des irrégularités comptables répétées et des limites dans le contrôle de ces ressources.
Pourquoi l’État finance-t-il les partis politiques ?
Au Mali, les partis politiques sont considérés comme des acteurs d’utilité publique. À ce titre, l’État leur accorde un financement pour leur permettre de participer à la vie démocratique, d’organiser les élections, de former les citoyens et de contribuer à l’expression du suffrage universel.
Ce mécanisme était encadré par la charte des partis politiques, adoptée en 2005 et abrogée. L’un des objectifs de ce financement était aussi de réduire la dépendance des partis aux financements privés, afin de limiter les déséquilibres et les influences excessives dans le jeu politique.
Quels sont les partis qui ont reçu le plus de financements publics ?
Entre 2001 et 2018, l’État malien a versé 27,058 milliards de FCFA aux partis politiques. La répartition de ces fonds reposait sur plusieurs critères fixés par la loi, notamment les résultats électoraux, la représentation à l’Assemblée nationale et la promotion de la participation des femmes à la vie politique.
Voici les cinq partis qui ont reçu la plus grande partie des subventions publiques :
- Alliance pour la démocratie au Mali – Parti africain pour la solidarité et la justice (Adema-PASJ)
Créé en 1991, l’un des plus anciens partis du pays a perçu près de 5,8 milliards de francs FCFA de subventions publiques entre 2001 et 2018, soit 71,81 % de l’ensemble de ses ressources sur la période.
- Rassemblement pour le Mali (RPM)
Fondé en 2001 et porté au pouvoir en 2013, le parti de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita a bénéficié de 5,4 milliards de FCFA de financements publics, représentant 61,10 % de ses ressources totales.
- Union pour la République et la démocratie (URD)
Créée en 2003, l’URD de l’ancien chef de l’opposition Soumaila Cissé a reçu 3,6 milliards de FCFA de subventions publiques depuis 2004, soit près de 73 % de ses ressources.
- Le Congrès national d’initiative démocratique – Faso Yiriwa Ton (CNID-FYT)
Fondé en 1991, le CNID-FYT du célèbre avocat Mountaga Tall a perçu 1,06 milliards pour les années 2001 à 2018, ce qui représente environ 51 % de ses ressources.
- Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR)
Créé en 1995, le MPR a bénéficié de près de 930 millions FCFA de subventions publiques sur l’ensemble de la période auditée.
À titre de comparaison, en 2001, seuls trois partis se partageaient 500 millions de FCFA. Pour 2018, la dernière concernée par le versement de l’aide publique aux partis, plus de 3,3 milliards de FCFA ont été répartis entre 66 partis politiques.
Quelles anomalies relevées par l’audit ?
La section des comptes pointe de nombreuses irrégularités comptables sur la période 2000-2024. Sur 297 partis disposant d’un récépissé officiel, la majorité n’a que partiellement coopéré aux travaux d’audit.
Parmi les grandes formations :
Adema-PASJ cumule plus de 754 millions FCFA de ressources et dépenses non justifiées ou appuyées par des pièces non conformes.
RPM présente 318 millions FCFA de ressources non justifiées.
URD est concernée par 12 millions FCFA de dépenses justifiées par des pièces irrégulières.
Yèlèma – Le Changement totalise 8,965 millions FCFA de dépenses non justifiées.
ASMA-CFP présente des manquements aux procédures comptables sont relevés.
L’audit cite également l’ADP-Maliba pour des ressources de « provenance inconnue » évaluées à 47,55 millions FCFA pour l’exercice 2013, ainsi que le Parena, avec 71,62 millions FCFA de recettes non justifiées et plus de 35 millions FCFA de dépenses appuyées par des pièces non conformes.
Beaucoup de partis sont épinglés pour n’avoir pas tenu une comptabilité régulière conformément aux normes.
Ces partis qui n’ont jamais déposé leurs comptes
Le rapport révèle que 151 partis politiques sur les 295 régulièrement enregistrés n’ont jamais déposé leurs comptes annuels à la section des comptes de la Cour suprême et n’ont donc fait l’objet d’aucun audit.
Plus de 60 de ces partis ont été créés après 2018, période à laquelle l’aide publique a cessé. Parmi eux figurent notamment le Front populaire républicain (FPR), créé en 2019, Faso Kewale (FK), créé en 2020, Alliance démocratique pour le renouveau (ADR-Mali), créée en 2021, Alliance politique nationale (APN), créée en 2022 et des dizaines d’autres.
