Hommage à Guédiouma Samaké : « Un soldat valeureux, révolutionnaire et patriote en uniforme »
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Hommage à Guédiouma Samaké : « Un soldat valeureux, révolutionnaire et patriote en uniforme »

Moussa Sow, basé à Washington (D.C., États-Unis) rend un dernier hommage à l’Adjudant-chef Guédiouma Samaké, soldat d’élite de l’armée populaire de Modibo Kéita, décédé le 25 avril 2020 à Bamako. En 1998, Guédiouma Samaké publiait Le chemin de l’honneur (Ed. Jamana, réédité en 2009) où il raconte comment le coup d’État du 19 novembre 1968 a marqué un tournant sombre dans sa vie. 

J’ai rencontré Guédiouma Samaké à Lafiabougou, en février 1990, lors d’une de mes visites chez son compagnon de bagne, feu Samba Sangaré. J’ai immédiatement sympathisé avec lui et, dès lors, nous avons entretenu une sincère relation d’amitié. Nos conversations portaient principalement sur le Mali, l’Afrique ainsi que sur ses conditions de détention dans l’enfer du sinistre bagne de Taoudéni, créé par le régime dictatorial du Comité militaire de libération nationale (CMLN), dirigé par Moussa Traoré. Guédiouma Samaké était de la trempe des militaires patriotes, sincèrement engagés dans la voie de l’édification nationale tracée par le régime de L’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (USRDA), sous la direction de l’ancien Président Modibo Keïta.

Je tiens aujourd’hui à rendre un vibrant hommage à ce soldat d’élite de l’armée populaire et révolutionnaire du Mali de Modibo Kéïta, qui vient d’être rappelé à Dieu. Je me souviens particulièrement de lui comme un soldat intrépide, un militant engagé, un fervent patriote dont la sincérité transparaissait à chacun de ses propos.

Guédiouma Samaké était l’un des hommes clés du groupe des officiers et sous-officiers valeureux qui, dès le mois d’août 1969, s’opposèrent a la dictature naissante du Comité militaire dit de libération nationale qui entra par effraction dans l’histoire du Mali à la faveur du coup d’État du 19 novembre 1968. Guédiouma Samaké et ses camarades militaires patriotes voulurent restaurer l’honneur et la dignité de notre Armée nationale qui avait été bafouées par des officiers subalternes félons.

L’enfer du bagne de Taoudéni

À la suite de l’échec de cette tentative, Guédiouma et ses compagnons furent déportés au bagne de Taoudéni. Dans l’enfer de ce sinistre bagne, l’espèce humaine était réduite à néant. Avec ses camarades, ils ont connu les pires tortures, les humiliations inqualifiables…Le Capitaine Diby Silas Diarra, héros national, soldat émérite, fut froidement assassiné aux côtés de plusieurs de ses compagnons.

Seuls Guédiouma Samaké, Samba Sangaré et le Capitaine Alassane sortirent vivant de l’enfer du bagne de Taoudéni. Malgré les épreuves subies, fidèle à son engagement patriotique, Guédiouma Samaké continua la lutte avec son camarade Samba Sangaré, en suivant les conseils de feu Amadou « Djicoroni » Traoré. Ainsi, il participa aux combats qui aboutirent à l’avènement de la démocratie pluraliste le 26 mars 1991. Il partagea son expérience de soldat patriote engagé. Il contribua à éduquer la jeunesse en l’amenant à sortir de la confusion dans laquelle elle avait été sciemment plongée durant les vingt-trois années de dictature obscurantiste du régime dictatorial du CMLN.

Il s’engagea activement dans la vie de la cité en devenant maire de la commune de Ouéléssébougou. Il publia également un ouvrage intitulé Le chemin de l’honneur. Ce livre constitua un démenti cinglant à l’assertion péremptoire de ses bourreaux qui, dans leur folie démentielle, n’hésitaient pas à affirmer qu’il n’y aurait aucun survivant du bagne de Taoudéni pour raconter les épreuves qu’ils infligeaient à leurs semblables.

Soldats valeureux

Guédiouma Samaké rappelait ce que fut l’armée de la première République : une armée bâtie sur l’amour sincère et ardent pour la patrie; une armée prête au combat pour la défense de l’intégrité territoriale du pays, prête à écraser toutes les velléités de sécession suscitées par les puissances impérialistes qui continuent à rêver d’une Afrique éternellement soumise à leur bon vouloir; une armée engagée dans le combat pour la libération de toute l’Afrique aux côtés du Front de libération national (FLN) algérien, de l’African National Congress (ANC) en Afrique du Sud, du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) en Angola, du FRELIMO au Mozambique…

Guédiouma Samaké appartient au nombre des militaires patriotes, au même titre que les capitaines Jerry Rawlings et Thomas Sankara, c’est-à-dire des révolutionnaires en uniformes sur lesquels l’Afrique pouvait compter et s’appuyer pour la transformation globale du Continent.

Il nous appartient de faire connaitre l’itinéraire de ces soldats valeureux, de ces patriotes en uniformes pour lesquels l’armée doit être au service exclusif du peuple dont elle est l’émanation, contrairement à ceux qui, aujourd’hui, la conçoivent comme une coterie dédiée à la protection d’une oligarchie corrompue et apatride.

Au moment où nous enterrons Guédiouma Samaké, le Mali vient d’entrer dans une crise politique sans précédent découlant de l’organisation d’élections législatives calamiteuses (29 mars et 19 avril 2020) qui constituent, à n’en pas douter, une insulte pour tous ceux qui aspirent à un Mali nouveau digne et respecté, résolument engagé dans la voie de la justice sociale, de la solidarité et de la liberté pour tous.

Implorons Allah Soubhana wa ta’ala pour qu’Il l’accueille en son royaume et lui accorde sa grâce et sa miséricorde. Amen. Adieu mon Adjudant-chef.

 

Washington D.C., le 21 mai 2020


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