In memoriam : Alhadji Adian, tu es parti « les yeux clos à jamais »
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In memoriam : Alhadji Adian, tu es parti « les yeux clos à jamais »

Il y a un mois, Benbere perdait un de ses doyens contributeurs : Abdoulaye Traoré dit « Adian » est décédé à l’âge de 54 ans.  Alhousseini Alhadji lui rend hommage dans ce billet.

L’affliction, l’abattement étaient au rendez-vous lorsque, ce dimanche 6 octobre, est tombée la nouvelle du décès de celui que j’appelais affectueusement « Alhadji Adian ». En novembre, tu devais être avec nous pour souffler tes 54 bougies. Mais, il y a un mois, tu as décidé d’effectuer le dernier voyage, voyage duquel tu ne reviendras jamais. Tu es parti,  « les yeux clos à jamais, pour ce noir village qui n’a pas de chemin de retour » (Batouala, René Maran).

La grande faucheuse t’a arraché aux tiens, seulement 48 heures après une hospitalisation en raison d’un accident cardiovasculaire. Le vendredi 4 octobre, alors que tu t’apprêtais à sortir après la prière du crépuscule, tu as été victime d’un AVC, à ton domicile.

Pourtant, toute la journée du vendredi, tu étais à la radio et ne présentais aucun signe, aucune alerte. Une heure avant ta chute, tu amené ta moto chez le réparateur pour révision. Ta mort est un sacré coup pour la presse tombouctienne, pour laquelle tu étais une personne influente.

Couturier journaliste

Toi, Adian Traoré, tu as été jusqu’à ta mort, tour à tour, animateur, journaliste, responsable des programmes à la  radio Bouctou de Tombouctou. Tu y as servi pendant 25 ans de ta vie. Fils d’un ingénieur des constructions civiles, tu as été pendant 15 ans couturier avant d’être journaliste. Avec peu de moyens, du matériel presque rudimentaire, tu parvenais à confectionner des tenues, comme si elles venaient de sortir d’usine.

Adama Koïté, célèbre animateur de l’émission « Samedi loisirs » était un de tes fidèles clients lorsqu’il servait à Tombouctou au milieu des années 90. Tu as abandonné par la suite ciseau, fil et aiguille pour te consacrer entièrement au journalisme.

Féru du travail bien fait

Tu étais ce gros travailleur qui parle peu. Tu étais un monstre du travail, soucieux des détails. Un perfectionniste, pour faire court. Féru de travail, nous devions t’attendre des heures si tu avais un sujet à envoyer à ta rédaction. L’heure du déjeuner arrivée, il cherche à finir son sujet pendant que nous nous plaignons de cette longue attente : « Mangez, il me faut finir ce sujet. Ne m’attendez pas », nous disait-il.

Kadiatou Traoré, présentatrice en bamanakan à VOA Afrique Bambara, te dépeint comme le meilleur de leurs correspondants à travers le monde. Fatouma Harber, qui te voyait presque tous les jours à son bureau, te présente comme « un homme taciturne toujours en train de chercher le témoignage pour bien boucler l’article. C’est lui qui m’obligeait à parler en bamanakan pour VOA Bambara ».

Une voix à la radio

À la radio, tu étais une voix unique, avec une intonation particulière.

Les auditeurs se souviennent de ton bamanakan sur VOA mêlé de l’accent sonrhai : « an be yan koriomé », « bi kari don an bé sankoré » « Adian Tarawaré VOA togola Tombouctou », se souviennent les auditeurs en bamanakan de VOA Afrique.

Ceux qui t’ont côtoyé gardent le souvenir d’un homme calme, humble, sérieux et respectueux. Albert Karim Traoré, un confrère de Mikado FM, est inconsolable : « On a l’habitude de dire que les morts n’ont pas de défauts. Mais il n’en demeure pas moins que devant l’épreuve de la disparition, se rappeler les qualités du défunt aide à surmonter la douleur. J’ai admiré en Adian sa simplicité et son humilité : ce n’était pas le type qui te prenait de haut même quand tu étais ‘bleu’ (débutant) dans le monde très difficile des médias, la radio notamment. Il savait faire beaucoup avec si peu : il donnait de lui-même chaque fois qu’il était sollicité. Rendre service était naturel pour lui. »

Ami de toutes les générations

La vingtaine d’années qui nous sépare n’a jamais été un obstacle à notre amitié. Adian, tu n’as jamais manifesté une quelconque supériorité d’âge ou d’expériences.

Abdoulaye Traoré, tu laisses derrière toi trois enfants, une veuve et des confrères inconsolables. Devant l’inexorable destin, nous attendons aussi notre jour. Mais avant l’heure fatidique, nous continuons ici-bas à perpétuer l’immense héritage que tu nous a laissé. Des projets, tu en avais pour Tombouctou. Pour preuve, c’est par ton combat que ta radio a pu amener RFI à Tombouctou. Et c’est le jour où ta radio a commencé à relayer pour la première fois la radio française que tu as choisi de partir à jamais.

Dors en paix cher confrère, ami, père et confident.

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Les commentaires récents (1)

  1. La mort aussi aime ce qui est bon.
    Repose en paix cher doyen. Je l’ai connu avec quand j’animait à la radio Bouctou en 2000. Chargé des avis et communiqués jusqu’au jour où le sien fut fait sur la même radio.