Aimer le football malien devient fatigant. Pas à cause des résultats sur le terrain, mais à cause de ce qui se passe autour : trop de crises, trop de bruit, pas assez de jeu pur. Pourtant, le football reste l’un des rares espaces qui unit les Maliens, de Kayes à Kidal. Il suffit d’un match pour que le pays parle le même langage. Souvenez-vous du penalty de Sinayoko : un bruit en chœur, une émotion partagée. Puis, quelques jours plus tard, une unanimité ironique autour de l’autre Sinayoko – le « charlatan ». Même dans le déraillement, le football crée du lien.
C’est précisément pour cela que le désordre fait si mal. On abîme l’un des éléments qui rassemblent. Le football malien regorge de talents, mais il manque de stabilité, de règles claires et de sérieux dans la gestion. Pendant que la fédération traverse des crises – du limogeage d’Éric Sekou Chelle en 2024 au recours à Tom Saintfiet que je ne vais pas appeler « Claba », aux révoltes des Aigles pour primes impayées en juillet 2024, obligeant l’intervention du ministère de tutelle.
Syndrome de l’inconstance
Le championnat local avance péniblement : sans visibilité, sans calendrier fiable, souvent sans respect pour les acteurs qui le font vivre. Le terrain attend, les bureaux s’agitent. Cette négligence s’ajoute aux audits révélant une opacité dans la gestion financière, qui prive les clubs de ressources : gestion « trouée et risquée », avec des milliards non justifiés, refus d’audits gouvernementaux, et une nouvelle inspection rejetée en 2026.
Le signal envoyé est brutal : pour la dernière Coupe d’Afrique des Nations, aucun joueur du championnat national n’a été appelé en sélection. Une vingtaine de clubs, des centaines de joueurs actifs chaque saison… Les ignorer totalement, sans explication, équivaut à dire que leurs efforts ne comptent pas, que le football local n’est qu’un décor, pas une base solide. L’échec aux éliminatoires Mondial 2026 (3e place), pourtant dans une poule gérable, confirme ce syndrome de l’inconstance.
Ce désordre fatigue les supporters, mais il fragilise aussi l’image du Mali à l’extérieur. Partenaires, compétitions et instances internationales observent : elles voient du talent, certes, mais aussi une instabilité chronique et un championnat dévalorisé.
Depuis trop longtemps, les joueurs s’adaptent et les supporters encaissent. On regarde sans espérer. Le vrai danger n’est plus la colère : c’est la perte de confiance.
La solution est simple : une gouvernance claire, des décisions expliquées, le jeu remis au centre, une vraie place pour le championnat national, et les crises reléguées loin de l’intérêt général.
Ce coup de gueule n’est pas une attaque. C’est un signal d’alarme. Le football malien rassemble encore. Mais il ne tiendra pas éternellement sur la seule passion des supporters.
Combien de temps encore peut-il tenir ainsi ?
Un supporter épuisé, mais pas encore indifférent.
