Lutte contre la corruption au Mali : malgré les réformes, peut mieux faire
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Lutte contre la corruption au Mali : malgré les réformes, peut mieux faire

Malgré des décennies d’initiatives, de promesses politiques et d’organismes de contrôle, la corruption reste profondément enracinée dans la vie publique malienne. Retour sur une histoire où les scandales ont souvent triomphé sur la reddition de comptes.

Si le détournement des biens publics est aujourd’hui un sujet brûlant dans l’actualité malienne, elle ne date pas d’hier. Depuis l’indépendance, le pays a connu de nombreuses affaires, des scandales retentissants et des tentatives de réforme.

Dans les années 1960, sous la présidence de Modibo Keïta, l’État malien tente de poser les bases d’une gouvernance intègre. Deux opérations emblématiques voient le jour : « Opération Taxi » et « Opération Villa », une « campagne de saisie de véhicules et de lutte contre la spéculation foncière visant les agents de l’État qui présentaient des signes extérieurs de richesse » Ces initiatives, bien que symboliques, marquent une volonté politique de moraliser la gestion publique.

Démocratie, mais pas transparence

Mais très vite, les bonnes intentions se heurtent à la réalité. Les années passent, les régimes changent, mais les pratiques douteuses perdurent. Dans les années 1990 et 2000, la démocratisation n’empêche pas la prolifération des détournements de fonds, des marchés publics opaques et des enrichissements inexpliqués.

En 2004, sous la proposition du Canada et des autres bailleurs de fonds, le président Amadou Toumani Touré accepte la création du Bureau du vérificateur général (BVG), présenté comme un outil majeur de transparence. D’après le politiste Adam Baczko les bailleurs (Banque mondiale, Union européenne, etc) « vont soutenir de façon très forte » et « vont orienter les priorités du BVG vers les priorités des bailleurs de fonds que vers ceux de l’administration en produisant des rapports qui sont unanimement salués pour leur rigueur par les partenaires techniques et financiers ».

Mais le paradoxe est flagrant : selon Dr Harouna Diallo, enseignant-chercheur en droit public, dans un article publié en 2021, le mandat d’ATT est « marqué par une augmentation effarante des montants détournés ». En guise d’exemple : « En 2009, le Vérificateur général a estimé que 226 millions de dollars (environ 113 milliards de francs CFA) manquaient dans le budget de l’État », ajoute-t-il, citant un rapport de Transparency International de 2015.

Des scandales en cascade

L’arrivée d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) au pouvoir, en 2013, suscite un espoir : il promet une lutte sans merci contre la corruption. Mais les chiffres sont tout aussi alarmants. « De 2013 à 2017, l’État malien a perdu plus de 300 milliards de francs CFA (457 millions d’euros) à cause de la fraude et de la mauvaise gouvernance, selon les rapports présentés chaque année par le Bureau du vérificateur général », rapporte encore Dr Harouna Diallo.

Plusieurs affaires ont profondément choqué l’opinion publique : l’affaire de l’avion présidentiel en 2014, celle de Bakary Togola en 2019, ou encore le procès historique de 181 personnalités en 2024.

Face à cette histoire lourde, des efforts se poursuivent. La création de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI), les rapports du BVG, ou encore la Stratégie nationale de lutte contre la corruption (2023–2027) témoignent d’une volonté de changement. Adam Baczko considère qu’il y a plusieurs structures dédiées à la lutte contre la corruption, y compris l’Inspection finances et les inspections sectorielles des ministères « qui se recoupent les unes les autres ».

Mais on a l’impression que plus on crée des institutions de lutte contre la corruption, moins cette lutte est efficace. « Les autorités maliennes n’auraient récupéré qu’environ 48 milliards de francs CFA (73,2 millions d’euros) sur les 741,5 milliards de francs CFA d’irrégularités financières constatées par le BVG entre 2005 et 2017 », rapporte encore Dr Harouna Diallo, citant un rapport canadien de 2018 sur le traitement judiciaire des cas d’irrégularités financières.

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