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Mali : la négociation avec les terroristes est un déni de justice

Faut-il négocier avec les djihadistes ou pas ? Pour le blogueur Djibril Koné, cette option pourrait contribuer à relancer les cycles de violence à moyen terme et creuser la perte de confiance en la justice à court terme.

La livraison du think tank ICG intitulée « ‘’Parler avec les méchants’’ » : vers un dialogue avec les djihadiste du centre Mali » a relancé le débat sur la négociation avec les terroristes. Le projet terroriste est de dominer notre pays : est-ce que cela se négocie ?

Dans son rapport, ICG écrit : « A première vue, les aspirations des djihadistes – en principe le renversement de l’État et des institutions démocratiques du Mali, leur remplacement par un système théocratique inspiré par l’interprétation par le groupe de la charia et la rupture des relations entre le Mali et ses partenaires occidentaux – laissent peu de place à la conciliation ». Peu de place à la conciliation. C’est le moins qu’on puisse dire, à moins que l’on renonce pour de bon à notre souveraineté.

Cela pose, en tout cas de manière massive la conditionnalité minimum de potentielles négociations, à savoir l’abandon pure et simple de ces projets par les terroristes. Autant dire que l’on parle dans ce cas d’une reddition avec des procès publics. ICG n’en parle pas et préfère évoquer dans une interview récente des compromis limités par une ligne rouge indéfinie que le peuple malien ne pourra examiner. Comme stratégie, on a vu mieux.

Abandon de tout espoir de justice

ICG et d’autres chercheurs dénoncent, à juste titre depuis déjà quelque temps, une réponse uniquement sécuritaire au terrorisme. Mais la négociation avec les terroristes reproduit paradoxalement les failles fondamentales de cette réponse sécuritaire, c’est-à-dire qu’elle pose les bases de résurgences plus profondes et de circuits de frustrations, de vendetta et de justice parallèle.

Le dialogue ne pourra, en effet, que conduire à une dimension « transactionnelle », comme l’annonce ICG.  Ce qui veut dire qu’il y aura nécessairement la négociation d’amnisties et qu’on abandonne tout espoir de justice pour les victimes. A moins que cette organisation ne mise implicitement sur l’amnésie et la résignation des sociétés rurales ou péri-urbaines sur le moyen terme, cette autre conception lointaine de la résilience.

Une régression sans précédent

Les défenseurs des droits humains et tous leurs bénéficiaires (l’ensemble des Maliens) perdront, par ces compromissions, un peu plus de terrain alors qu’ils peinent déjà à en gagner. On ne peut continuer voire ouvrir des luttes dans le sens de la justice et des droits de l’homme tout en voyant s’opérer « légalement » des compromis parallèles qui les contredisent. Nos sœurs violentées et mariées de force peinent déjà à se reconstruire. Avec ces compromis et ces négociations, elles n’auront alors qu’à se laisser glisser lentement vers les abîmes. Qu’importe pour les auteurs, l’urgence a ses raisons que la raison des Maliens ignore.

Quel serait le message envoyé aux populations si les pires horreurs étaient négociées ? Si, pour prendre des raccourcis dans la stabilisation, on absout des terroristes, on doit dans ce cas continuer à absoudre les milices qui massacrent des communautés aussi ? Il ne nous restera qu’à donner la clef du Mali à Daech ou Boko Aram, cela gagnera du temps.

Neutraliser les espoirs

Comment les jeunes (et moins jeunes) pourront espérer en toute bonne foi réclamer une meilleure gouvernance et une meilleure lutte contre l’impunité quand des massacreurs et violeurs auront été amnistiés quelques mois ou années auparavant ?

La négociation avec les terroristes, auteurs d’actes séditieux tout autant que monstrueux, peut contribuer encore plus à légitimer un peu partout la violence comme forme ultime mais efficace de « transaction » vis-à-vis de l’État. Cela rappelle des souvenirs.

C’est ainsi une sorte d’« histoire résignée » par l’urgence qu’on nous propose de construire, et non loin des lectures d’un Sarkozy selon lesquelles les sociétés africaines n’y seraient pas du tout entrées. Certes, le Mali souffre d’un état de faiblesse et de péril sans précédent.

Mais le choix indirectement proposé, entre justice et souveraineté d’un côté, et stabilité aléatoire de l’autre, conduirait à une neutralisation durable des possibilités des deux premières, sans garantir ni de près ni de loin la réussite de la dernière. Les populations souffrent et il faut presser le pas pour les libérer. Mais il faut explorer d’autres pistes. Et il y en a d’autres.

 

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