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Entre la peine de mort et la perpétuité, il y a les conditions carcérales exécrables

Lors du café blog, organisé le samedi 23 Février 2019 au mémorial Modibo Keita par la plateforme Benbéré, le représentant d’Amnesty international à exprimé sans ambiguïté l’opposition de son organisation à l’application de la peine de mort au Mali. En lieu et place, Amnesty international propose la réclusion à perpétuité, c’est-à-dire la condamnation à la prison à vie. Le blogueur Ousmane Soumbounou porte un regard sur cette alternative.

Lors de ce débat, beaucoup de choses intéressantes ont été dites. Mais ce qui a retenu le plus notre attention, c’est la solution alternative à la peine de mort proposée par le représentant d’Amnesty international, El Béchir Sangaré.

Amnesty international propose la réclusion à perpétuité, c’est-à-dire la prison à vie. Si la proposition parait séduisante car moins violente, il faut reconnaitre que cela nécessite des conditions d’accueil acceptables dans nos centres de détention. Qu’en est-il alors de la situation actuelle de ces centres ? La recherche documentaire que nous avons faite et les entretiens que nous avons menés ont permis d’obtenir quelques informations.

Surpopulation

La situation des prisonniers à Bamako n’est pas des plus agréables. Pire, conçue pour accueillir 400 détenus, la maison centrale d’arrêt de Bamako se retrouve aujourd’hui avec plus de 2000 prisonniers. Par conséquent, les surveillants de prison ont plus de tâches qu’il n’en faut. Dans ces conditions, la prison à perpétuité viendra empirer la situation à moins que nos autorités ne songent à une alternative.

A cause de cette surpopulation dans les prisons, le personnel pénitentiaire est exposé à tous les dangers. L’effectif faible ne dispose pas de moyens pour faire face à d’éventuelles évasions. Les évasions des prisons de Ouéléssébougou et de Ségou, courant 2018, témoignent de cet état de fait. Tout est lié au faible effectif du personnel, selon nos interlocuteurs.

  1. Idriss est employé dans une organisation non gouvernementale internationale qui intervient dans l’amélioration des conditions de vie des détenus au Mali. Par mesure de prudence, il nous a demandé de ne pas citer le nom de son organisation :

« Les prisons maliennes sont surpeuplées. Pour dormir, tous les détenus ne peuvent le faire ensemble. A tour de rôle, certains restent débout, d’autres dorment. Ceux qui parviennent à dormir le font sur un côté, car serrés les uns contre les autres. Mon organisation se réfère aux recommandations du CICR en matière de gestion carcérale. » 

Nus pour survivre

Cette recommandation en terme d’espace minimum à réserver par prisonnier est de 3,5m2. Dans la plupart des prisons maliennes, ce chiffre varie de 0,5 à 1m2 par détenus. Notre interlocuteur va plus loin : « Pendant la saison de chaleur, les prisonniers sont obligés de rester presque nus afin de survivre. Cette période est une période au cours de laquelle beaucoup de détenus meurent. »

Dans beaucoup de prisons maliennes, même si les trois repas de la journée sont respectés, très souvent c’est le même menu qui est servi. Faute de moyens, la qualité du repas laisse à désirer. Généralement c’est du « tô » (plat traditionnel fait à base de maïs ou de mil), qui est préparé, accompagné d’une sauce qui, à vue d’œil, répugne.

Afin de respecter cette alternative à la peine de mort, qu’est la peine de prison à perpétuité, l’Etat malien doit impérativement améliorer les conditions de détention dans les prisons maliennes, afin que celles-ci soient conformes au droit international. A défaut, cette peine alternative pourrait bien s’avérer une lente et cruelle agonie pour les prisonniers concernés.

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