Rapport V–Dem Institute : le retour de la guerre et le recul de la démocratie
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Rapport V–Dem Institute : le retour de la guerre et le recul de la démocratie

Le très attendu rapport de l’institut Variety of Democracy (V-Dem Institute), basé en Suède, est presque passé inaperçu. Comme si finalement, mais paradoxalement, la démocratie ne semble plus être le souci des nations. Ce 10e rapport, intitulé « L’effondrement de l’ère démocratique ? » (« Unraveling The Democratic Era ? »), analyse l’état de la démocratie dans le monde en 2025.

Après la troisième vague de démocratisation théorisée par le politologue américain Samuel Huntington, qui a commencé à partir de 1974 jusqu’au début des années 1990, le monde est entré dans un cycle inverse d’autocratisation. Les principaux constats tirés du rapport montrent une tendance à l’autocratisation qui s’est installée à partir de 2000 : « […] le niveau de démocratie en 2025 a régressé par rapport à celui de 1978 ; 74% de la population mondiale vit dans les autocraties contre seulement 7% qui vit dans les démocraties libérales. »

Les indices de cette dégradation de la démocratie à l’échelle mondiale montrent une détérioration assez significative de la liberté d’expression et de la qualité des élections. En vingt ans, soit de 2005 à 2025, le pourcentage de la population vivant dans les démocraties libérales est passé de 17% à 7% tandis que celui vivant dans les autocraties a augmenté de 50% à 74%.

Les Etats-Unis ne sont plus une démocratie

Le rapport, comme il fallait s’y attendre, a fait un focus sur l’autocratisation à l’œuvre aux Etats-Unis avec le retour de Donald Trump au pouvoir en 2025. Le pays, considéré comme l’une des plus vieilles démocraties au monde, est tombé à son plus bas niveau de 1965 : « Le niveau de démocratie pour le citoyen moyen en Europe occidentale et en Amérique du Nord est à son plus bas niveau depuis plus de 50 ans, principalement en raison de l’autocratisation en cours aux États-Unis. Les États-Unis perdent leur statut de démocratie libérale de longue date – pour la première fois en plus de 50 ans. »

Trump a annoncé les couleurs dès le début de son second mandat. En seulement une année, l’indice de la démocratie libérale (qui apprécie le respect de l’équilibre des pouvoirs par l’exécutif, de l’Etat de droit et des libertés civiles) « a chuté de 24% retombant au niveau de 1965 – année généralement considérée comme le point de départ d’une véritable démocratie moderne aux États-Unis. » C’est l’année où le congrès américain a adopté le Voting Rights Act – une loi interdisant les discriminations raciales en matière de droit de vote.

Cette autocratisation du pouvoir aux Etats-Unis se joue au double plan national et international. « Une concentration rapide du pouvoir entre les mains de la présidence, des abus de pouvoir de l’exécutif qui sapent l’État de droit, une érosion des libertés civiques, ainsi que la répression et l’intimidation des médias et des voix dissidentes », constate le rapport d’une part. D’autre part, la violation du droit international, le coup d’état perpétré au Venezuela, la guerre menée avec Israël contre l’Iran, le soutien à Israël qui est accusé de génocide contre les Palestiniens à Gaza, les menaces d’intervention dans les pays africains à cause de leurs terres rares sont autant d’assauts contre la démocratie.

Et l’Afrique dans tout ça ?

Le continent africain offre un tableau diversifié et contrasté entre des alternances réussies, des élections contestées car peu ou pas compétitives et des coups d’état. Le rapport souligne « un recul manifeste » avec « la recrudescence des coups d’état militaires au Sahel et la montée de l’autocratie dans des pays comme la République centrafricaine, le Mozambique et le Togo contribuent à cette évolution négative. »

Il y a un anéantissement des gains acquis de la troisième vague de démocratisation : « En Afrique subsaharienne, 34 % de la population vit en démocratie : 10 % dans des démocraties électorales, comme le Botswana, le Ghana et l’Afrique du Sud, et 24 % dans des pays de la « zone grise » démocratique, comme le Kenya et le Nigéria. La seule démocratie libérale de la région – les Seychelles – est trop petite pour figurer dans ces statistiques. La grande majorité (66 %) vit sous des régimes autocratiques. »

La démocratie n’a pas bonne presse dans certains pays africains. Ses adversaires se servent de la mauvaise gouvernance, du déficit de transparence des élections, de l’insécurité entre autres pour la fragiliser malgré un attachement des jeunes africains à la démocratie et ses principes. Leur soutien, par contre, est déterminé par la performance des gouvernements démocratiques.

En relations internationales, la théorie de la paix démocratique formalisée par le chercheur américain Michael W. Doyle postule que les démocraties libérales ne se font pas la guerre. Cette théorie s’appuie sur l’essai Vers la paix perpétuelle du philosophe allemand Emmanuel Kant. Le monde va mal car les démocraties ne se portent guère mieux. Les extrêmes droites arrivent au pouvoir en Occident. L’Afrique continue d’être le théâtre de coups d’état.

Les risques de guerre peuvent-ils diminuer dans un tel environnement ?


Mahamadou Cissé

Politiste

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