Sali : un roman des deux univers
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Sali : un roman des deux univers

Le blogueur Ali Bocoum parle du roman Sali, de Sibirinan Zana Coulibaly, écrivain et professeur d’anglais, qui a donné le ton de la rentrée littéraire de la maison d’éditions La Sahélienne.

Sali plonge le lecteur dans l’univers sénoufo, fait de bravoure et adossé à des rites et croyances séculaires qui cèdent peu de place à la modernité et ses codes d’administration. Comme trame du roman d’une centaine de pages, la mystérieuse disparition de Fêêrê, âgée d’un an et demi et issue d’une famille polygame.

Les investigations de la communauté des chasseurs traditionnels (Donso), les oracles des prêtresses : toutes les pistes habituelles sont engagées pendant deux mois, et une atmosphère de deuil s’est emparée du paisible village de Yékaha. Aucune trace de Fêêrê. Dans ces contrées, « beaucoup d’affaires de vol, d’adultère ou de sorcellerie étaient confiées aux idoles quand les solutions humainement possible n’avaient pas porté leurs fruits ».

Verdict populaire

Troublé par le drame, le petit village déploie l’artillerie lourde en faisant appel à une voyante réputée pour sa « main claire ». Sali, l’héroïne du roman, est accusée à tort, sur la base de simples indices. Elle a beau clamer son innocence, le verdict populaire est sans recours. L’hypothèse d’un crime passionnel plane. Torturée, humiliée physiquement et psychologiquement, Sali est inflexible quant à son innocence.

L’auteur, enseignant,, ne manque pas d’établir un parallèle entre le rôle des chasseurs dans la tradition Sénoufo et celui qu’exercent les milices aujourd’hui sur plusieurs parties du territoire malien. « C’est pour alerter sur les dangers que peut engendrer l’administration des villes par des miliciens qui y rendent la justice, sans recours à la justice moderne », explique-t-il.

Les «hommes de nuit»

« Le mensonge a beau courir, la vérité le rattrape un jour». Un vieil adage rappelé par Sibirinan Zana Coulibaly, qui fait abondamment référence aux sagesses locales dans ce récit. Il décrit avec tact l’arbitraire infligé à l’héroïne du récit sur fond d’antipathie entre coépouses et ouvrant une brèche entre tenants de la justice traditionnelle et ceux de la justice moderne.

C’est un récit imagé, mettant en scène une société rurale sénoufo organisée autour de rites et croyances traditionnels parfois inopérants, mais toujours en vedette malgré la modernité. Avec zèle et lucidité, Sibirinan Zana Coulibaly invite à opérer un tri des traditions régissant la vie communautaire au-delà de la société sénoufo. Le professeur d’anglais dessine une société sénoufo entre deux univers : la tradition symbolisée par les anciens et l’ouverture dont rêve la jeune génération.

Au centre de ce tiraillement, la protection des enfants se trouve sacrifiée sur l’autel des rudes travaux champêtres. Dans la plupart des villages, durant les travaux champêtres, « les enfants sont abandonnés, sans protection, à la merci de tous les dangers », déplore le pédagogue qui espère changer la donne par ce récit en appelant à une prise de conscience. Mais aussi contribuer à améliorer la condition des femmes, véritables leviers de l’économie locale.

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