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A Tombouctou, valoriser le Fewa pour ramener la paix au Mali

L’histoire du Mali est jalonnée de périodes d’incertitude. Des situations dues aux conflits générés par une mauvaise interprétation des caprices d’un environnement qui pouvait se révéler hostile par moment. Mais, il s’y est toujours trouvé des personnes trempées de vertu pour éviter que ces incertitudes ne prospèrent. C’était au moyen de mécanismes savamment conçus qu’ils y arrivaient. Parmi ces mécanismes de cohésion sociale, figure le fewa.  Le blogueur Dramane Dedeou Traoré nous le fait découvrir.

Fewa (esprit de solidarité en Songhoy), est le nom que certains à Tombouctou ont donné aux travaux collectifs d’intérêt général. Les fewa s’organisaient périodiquement pour entretenir les édifices et les infrastructures d’utilité publique. Crépissage des mosquées, désensablement des points d’eau, curage de canaux d’irrigation, désherbage des champs : les jeunes y allaient avec leur soif d’apprendre, leur force physique et le sentiment d’accomplir un devoir. Les vieux avec leurs conseils pratiques et leurs bénédictions.

Tout était fait de manière sacrée et en célébration. Fewa, c’est également par ce vocable qu’on désignait les élans de solidarité que certaines catégories de travailleurs manifestaient à l’endroit d’un des leurs, touché par une calamité naturelle ou se trouvant simplement dans le besoin. Il en est de même que pour des camarades de même classe d’âge, qui s’associaient pour participer à la construction d’habitats pour les moins nantis d’entre eux.

Le Fewa unificateur

Ce mécanisme a permis pendant longtemps de favoriser le rapprochement entre les populations, de faire de l’homme de la savane le frère de celui de la forêt, de l’homme du désert l’ami de celui des berges du fleuve, de faire de tous les enfants d’un même territoire, de contenir les frustrations et les envies qui pouvaient résulter des conditions précaires de vie, d’apporter la lumière tant nécessaire à la tolérance et à la concorde et d’éviter l’horreur des conflits.

Aujourd’hui, la solidarité interpersonnelle existe toujours dans la vieille ville de Tombouctou. Cependant, les calamités naturelles, elles, sont gérées par les aides aux urgences du gouvernement avec l’appui de certaines ONG. Le Fewa autour des édifices publics est une pratique qui tend à disparaître. Ce qu’il en reste, ou du moins une forme de civisme qui lui ressemble, continue d’avoir cours dans la cité mystérieuse. « Mais nous sommes loin de l’époque où les hommes posaient des actes de bienfaisance, sans attendre rien en retour. Des phénomènes nouveaux surgirent. Il s’agit entre autres de la banalisation de la chose publique, l’amour du gain facile et le mépris par la jeune génération de tout ce qui a attrait aux traditions. Tant de choses qui concourent à l’éloignement des hommes, les uns des autres », se désole Abdoulaye Ali, un notable de la ville

Le fewa, levier de la cohésion sociale

Le fewa, au regard de l’impact qu’elle pourrait avoir sur la résolution de la crise sécuritaire qui sévit au Mali, ne doit pas être jetée aux oubliettes. Toutes les bonnes volontés sont invitées à réfléchir sur la question pour arrondir les vues. Des notables proposent déjà d’organiser des journées de fewa pour perpétuer cette tradition : « Le conseil communal de Tombouctou pourrait organiser des journées citoyennes de Fewa, pour débarrasser la ville de toutes les ordures qui surplombent ses rues et même des journées de concertation de fewa pour magnifier le vivre ensemble. Le Malien, qu’il soit des villes ou des campagnes, s’y connaît en matière de solidarité et d’entretien de la chose publique », explique Baba Oumar Kounta, un autre notable de la ville.

Le ministère de la Jeunesse et de l’Action citoyenne pourrait aussi organiser périodiquement des randonnées Fewa au cours desquelles les jeunes maliens pourront s’activer à travailler à l’avènement d’une vraie solidarité nationale en posant des actes citoyens dans les villages les plus reculés du pays.

Pour éviter que notre pays ne soit aspiré par les conséquences de guerres claniques, tribales et ethniques, nous devons songer à réactiver tous les mécanismes de notre riche répertoire culturel qui contribuent au renforcement du vivre ensemble et de la cohésion sociale.

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