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A Bamako, cacher ces « mademoiselles 40 ans » qu’on ne saurait voir

Au Mali, et plus précisément à Bamako, il est très fréquent de nos jours de rencontrer des femmes d’un âge, que certains qualifieront de très avancé, et qui ne sont pas encore mariées. Pour qui connaît notre société, une fille qui tarde à se marier devient la risée. Si certains aiment les qualifier de « vieilles filles », d’autres par contre leur ont trouvé l’appellation « mademoiselle quarante ans ». Le blogueur Ousmane Soumbounou s’est intéressé à elles.

Le phénomène de vieilles filles prend de plus en plus de l’ampleur à Bamako. Il n’est plus rare de rencontrer, dans nos familles, des filles en âge avancé qui ne soient pas fiancées. En soi, je pense que cela n’a rien de mal. D’ailleurs, c’est un choix personnel pour certaines qui, faute de n’avoir pas trouvé l’homme qui leur convient, préfèrent rester célibataires. Il faut reconnaître que ces cas sont un peu difficiles à trouver, car nous vivons dans une société qui a une mauvaise image et opinion des filles âgées non mariées.

Ces femmes peuvent être traitées de « trainées » pour, à force de vouloir trop profiter de leur jeunesse, avoir retardé le mariage. Au moment où elles décident de se marier, les hommes hésitent, souvent en raison de leur âge avancé. C’est d’ailleurs le sujet qu’aborde le rappeur Master Soumi dans le single « Mademoiselle 40 ans ».

« Le cas d’autres filles peut être lié soit aux études, soit aux maladies ou même à la malchance », confie Oumar, un jeune étudiant qui ne leur jette pas la pierre. Selon la vieille Djita, ménagère habitant à Bozola, un quartier populaire de Bamako sur la rive gauche du fleuve Niger, une fille qui dépasse l’âge de 25 ans sans se marier est considérée comme une « fille en retard ». Nos traditions avaient établi des moyens afin d’éviter de pareilles situations. Mais l’évolution de la société a permis l’émancipation de la femme sur ce point- et c’est positif-, mais n’a pas encore réglé ce problème de l’âge du mariage au regard de la tradition.

La liberté de choix

La tendance actuelle est à la liberté de choix basé surtout sur l’amour. Nous avons échangé avec Assétou. Elle est détentrice d’un Master 2 en finance comptabilité et occupe un poste de comptable dans une école. A 39 ans aujourd’hui, elle n’est toujours pas mariée. Très énervée, elle nous raconte les raisons qui expliquent son célibat malgré son âge : « Mes parents ont tenu à ce que je finisse complètement mes études avant de me marier. Me voilà aujourd’hui sans mari dix ans après mes études. Alors que jeune étudiante, mes parents ont refusé les propositions de beaucoup d’hommes. Et le pire est que je n’ai même pas pu obtenir un bon emploi jusqu’à présent ». Elle ajoute que, dernièrement, un homme lui a proposé le mariage, mais ses parents ont refusé prétextant que ce dernier porte un patronyme de griot. Pourtant, selon Assétou, cet homme n’a rien de griot.  Il est bien éduqué et provient d’une famille très respectable. En plus, il est bien placé dans l’administration malienne.

Les filles font désormais le premier pas

Quant à Fifi, elle n’a aucun diplôme car elle a vite abandonné l’école afin d’aider sa mère qui est restauratrice. Elle a aujourd’hui 45 ans et mère d’un enfant. Elle nous raconte qu’à l’âge de 20 ans, elle avait reçu une demande en mariage. Les premiers colas avaient même été acceptés. Lorsque sa famille et elles ont appris que le monsieur avait une première femme, le mariage a été par la suite annulé. Selon elle, ce n’est pas le fait qu’elle allait vivre dans une famille polygame qui l’a poussée à annuler la demande, mais c’est le fait que le monsieur leur avait caché cette information. Quelques années après, elle a fait la connaissance d’un monsieur qui, lui, avait promis le mariage. Elle tombe enceinte de ce dernier qui, par la suite, décide de ne plus la marier. Depuis, elle est toujours dans l’attente d’un mariage.

Cette situation a fait que certaines filles, au lieu d’attendre la demande des hommes, préfèrent leur proposer le mariage. C’est ce qui est arrivé à mon ami de grin, Abdoulaye Maïga. Il me raconte qu’une fille lui a proposé de la prendre comme deuxième épouse et qu’elle est prête à assurer toutes les dépenses nécessaires. La fille cheffe d’agence d’une banque de la place et n’a aucunement besoin de la prise en charge d’un homme. Ce dernier cas ne prouve-t-il pas que les femmes ne sont pas obligées d’attendre ? Elles peuvent aussi prendre des initiatives.

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