#COP25: les États pollueurs doivent rembourser leur dette environnementale
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#COP25: les États pollueurs doivent rembourser leur dette environnementale

Nous, blogueurs maliens et congolais, nous sentons naturellement proches de tous ces jeunes qui s’inquiètent des effets du changement climatique. Nous sommes prêts à aider à faire bouger les mentalités, mais nous demandons avant tout que les États pollueurs reconnaissent leur responsabilité première dans les catastrophes environnementales que nous subissons.

Au Mali et en RDC, comme dans de nombreux autres pays africains, nous subissons de plein fouet les dégâts liés au changement climatique. Nous sommes conscients que certaines pratiques traditionnelles, associées au développement démographique et économique, sont partiellement responsables de cette hausse des fameux gaz à effets de serre (GES). Mais cela n’est rien en comparaison avec les émissions des principaux pays pollueurs au niveau mondial, avec en quinté de tête la Chine, les États-Unis, l’Union européenne, l’Inde, et la Russie. A eux seuls, ils produisent près des deux-tiers des GES, alors que l’énorme continent africain, qui en produit moins de 4%, est le premier à en subir les conséquences. Plus fortement encore que partout ailleurs.

Les événements climatiques majeurs (dérèglement des saisons, fortes inondations en saison des pluies, longues périodes d’aridité en saison sèche) se succèdent en effet, toujours plus violents et plus difficilement supportables, provoquant chaque année des milliers de victimes, des déplacés, des crises alimentaires graves, ou encore des dégradations de biens difficilement chiffrables. Certains États pollueurs nous aident, parfois, dans ces moments de crise. Mais pour eux, il ne s’agit que d’une assistance humanitaire, un « geste de solidarité » condescendant. Jamais ils n’admettront qu’ils sont en grande partie responsables de ces catastrophes naturelles à répétition. Jamais ils n’évoqueront le moindre regret, et encore moins, ne laisseront espérer des réparations légitimes.

Paradoxe climatique

Pire, il n’aura échappé à personne que ce sont dans les régions les plus sèches du Sahel que les groupes armés non étatiques progressent et exercent leurs activités mortifères. Ils surfent sur les tensions entre groupes communautaires pastoraux et agriculteurs liés à la raréfaction des pâturages et des points d’eau, notamment dans le Centre du Mali. Ainsi, affirmait le Comité international de la Croix-Rouge dans un communiqué en janvier 2019, «  les effets du changement climatique exacerbent les conflits intercommunautaires au Mali (…), ce qui se traduit par une aggravation de la pauvreté, un affaiblissement des services publics et un bouleversement des moyens de survie traditionnels. » Le changement climatique, en grande partie causé par la pollution émise par les États du Nord, est ainsi  le meilleur allié des groupes terroristes, que ces mêmes  États du Nord affirment vouloir combattre à tout prix. Appelons cela le paradoxe climatique sahélien…

La RDC n’est pas en reste. Grâce à son immense couvert forestier (2/3 du bassin du Congo), elle constitue toujours un puits de séquestration de dioxyde de carbone d’une importance considérable au niveau de la planète, et rejette une masse d’oxygène qui profite aujourd’hui gratuitement à l’ensemble de l’humanité. Mais cet équilibre positif n’est pas garanti éternellement.

Régénération des forêts

L’exploitation forestière, par des compagnies provenant là encore des pays les plus pollueurs, menace en partie de remettre en cause ce que l’on pensait être un acquis immuable. Doit-on pour autant cesser de nous développer économiquement, d’exploiter cette matière première au motif que cela fait peser un risque sur la santé des principaux États pollueurs ? N’oublions pas que les vastes forêts primaires ont presque totalement disparu de l’Europe continentale, et que certains anciens États colonisateurs n’ont cessé de piller ces ressources forestières, sans jamais se préoccuper de l’impact de cette préemption sur l’environnement. Aujourd’hui, ces mêmes États souhaiteraient que nous appliquions des règles strictes en matière de coupe pour permettre la régénération des forêts, sans pour autant compenser les pertes. Appelons cela le paradoxe climatique congolais…

Certes, les Maliens ou les Congolais ne sont pas des parangons de vertu en matière d’écologie. Nous, blogueurs, dénonçons régulièrement certains comportements dans nos pays. Bamako et Kinshasa ne sont qu’embouteillages, déchetteries anarchiques, et les sacs plastiques continuent de joncher nos sols et polluer nos fleuves, en dépit des mesures législatives adoptées mais non appliquées.

De plus, les pratiques coutumières de culture sur brûlis ou de recherche de bois de chauffe, qui jusqu’à il y a quelques décennies ne posaient pas de problème, présentent aujourd’hui des dangers considérables pour nos deux pays. La poussée démographique, le développement urbain mal maîtrisé, et l’absence de progrès notable dans l’accès de base à une énergie peu chère, ont considérablement aggravé cette situation, et provoqué une destruction progressive des ceintures forestières, véritables « boucliers écologiques » aux abords des grandes villes, notamment en RDC.

Avancée du désert

Au Mali et dans tout le Sahel, ces mêmes pratiques ont encore accentué l’avancée du désert, malgré les initiatives locales en matière de reboisement. Cela a naturellement un impact sur l’élévation des températures et l’accroissement des phénomènes climatiques d’ampleur.

De petit producteur de GES, il faut cependant bien imaginer que l’Afrique comptera bientôt parmi les plus importants, démographie et développement économique obligent. Nous sommes conscients que cela se fera au détriment du climat, même si nous ferons tout pour aider à trouver des solutions de remplacement au niveau local ou national. Déjà, sur HabariRDC et sur Benbere, nous promouvons l’utilisation de l’énergie solaire, la mise en place d’une véritable gestion des déchets, nous sensibilisons à la nécessité de la reforestation, etc.

Solutions durables

Mais, alors que nous nous démenons pour alerter sur nos ordures et nos sacs plastiques, vous, pays pollueurs, continuez d’envoyer vos déchets industriels dans le sud. Et même votre révolution numérique, dans laquelle vous ne nous incluez qu’au goutte-à-goutte, en vous réservant la plus grosse part du haut débit, s’avère être aussi polluante encore que l’ancien monde industriel, avec une production déjà estimée à 2% des émissions mondiales de CO2. En RDC, les enfants qui perdent leur santé et souvent leur vie dans les mines de coltan n’auront probablement aucune chance de se voir un jour offrir un de ses smartphones que vous allez offrir aux vôtres, pour remplacer l’ancien, passé de mode. Comment nous, blogueurs, qui dépendons de ces nouveaux moyens de communication pour sensibiliser l’opinion, pouvons prétendre donner des leçons, si vous ne trouvez pas de solutions durables à ces thématiques ?

L’exemple négatif donné par les États pollueurs qui, de Cop en Cop n’arrivent pas à s’entendre sur des solutions contraignantes, n’incitera certainement pas les Maliens et les Congolais à entraver leurs perspectives de développement pour satisfaire à des efforts qu’eux-mêmes ne fournissent pas. Nous demandons à ces États de montrer l’exemple, en entamant enfin une transition écologique digne de ce nom dans leur pays, et de rembourser leur dette environnementale à notre égard, qui s’accroît d’année en année, en finançant dans nos pays des projets ambitieux de lutte contre les effets du changement climatique.

*Une version courte de cette tribune a été publiée sur le site de l’hebdomadaire Jeune Afrique.

HabariRDC, plateforme de blogueurs de République démocratique du Congo

Benbere, plateforme de blogueurs du Mali

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