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Tourisme : à Bandiagara, les masques dogon ne dansent plus

A Bandiagara, dans le centre du Mali, l’insécurité a touché de plein fouet le secteur du tourisme, conduisant les anciens guides touristiques à se recycler. La magie de la danse semble avoir quitté les lieux. 

Bandiagara pleure son âge d’or du tourisme aujourd’hui révolu. Mondialement connu à travers ses danseurs traditionnels, qui s’exhibent avec des masques lors des grandes cérémonies où lors des passages de touristes, Bandiagara, tout nouvellement érigé en région selon le nouveau projet de découpage territorial, souffre énormément de la crise qui a frappé le plateau dogon depuis 2011.

Le sujet n’est pas tabou, mais il rappelle à l’esprit le souvenir douloureux de bons moments, de cette manne touristique qui abreuvait cette partie du Mali. Celle là même qui avait attiré l’ancien Président français, Jacques Chirac, à telle enseigne qu’il avait même fini par porter le titre de « Hogon » (chef spirituel autour duquel l’on se réunit sous le Toguna).

Reconversions

« Si c’est pour parler du tourisme à Bandiagara, nous ne sommes pas trop intéressés, car ça ravive des souvenirs extrêmement douloureux », me lance un ancien guide touristique, reconverti tout récemment en vendeur de carburant à la sauvette.

En effet, le secteur touristique était l’un des piliers de l’économie locale. Les touristes venaient d’un peu partout de par le monde pour contempler la richesse culturelle du plateau dogon tout le long de la falaise de Bandiagara. A Bandiagara, comme partout dans le centre du Mali, l’insécurité a lourdement plombé le tourisme, qui y représentait  25% de l’économie, selon les autorités locales. Transporteurs, piroguiers, hôteliers : tous ont été renvoyés au chômage.

Begnemato, un petit village non loin de Bandiagara, était prisé pendant la saison touristique, de novembre à mars. Marcel Togo, ancien danseur de masque, se rappelle encore: « Il arrivait des moments de l’année où le village recevait des touristes qui dépassaient le nombre d’habitants du village. » Mais, hélas, cette période est révolue avec l’arrêt total des activités touristiques dans cette partie du pays. « Notre équipe pouvait faire des prestations pour plus d’une dizaine de couples blancs aux abords du village avec nos pas de danse et nos masques » ajoute-t-il.

À l’époque, les jeunes du village pouvaient gagner jusqu’à 100 000 francs CFA  par prestation. Aujourd’hui, ces jeunes sont laissés à leur propre sort et sont dans une dynamique de reconversion forcée, de l’exode rural ou encore de l’émigration.

Il y a une petite partie de ces anciens guides qui ont basculé vers les milices pour gagner leur pain quotidien ou pour des lendemains meilleurs, notamment à travers le programme exceptionnel de DDR annoncé dans le Centre, explique un jeune ancien guide qui a demandé qu’on lui garantisse l’anonymat.

Tourisme intérieur

« Ce qui a beaucoup manqué dans nos villages et villes, ce sont des mesures d’accompagnement à la suite de l’arrêt brusque du tourisme. », estime un directeur d’école.

La culture a une place prépondérante dans la résolution des crises actuelles qui secouent le centre du pays, précisément dans la région de Mopti. Nous devons savoir que nos masques ne sont pas là seulement pour éblouir les touristes. Ils peuvent aussi danser pour nous-mêmes lorsqu’on encourage le tourisme intérieur, c’est-à-dire qu’on cherche à nous connaître nous-mêmes.

À l’état actuel des choses, c’est une énorme perte de voir les acteurs de la culture dans nos contrées laissés pour compte faute de présence touristique. Alors qu’il est possible de redonner du courage et du sourire à ses braves hommes et femmes qui vivent de ce savoir-faire et savoir-vivre qui, durant tant de générations, ont porté le pays vers le haut à travers son immense richesse culturelle.

En définitive, faisons tout pour que nous ne disions pas à nos enfants qu’à Bandiagara, les jeunes dansaient jadis avec des masques et que le monde entier venait voir cette tradition de chez nous. Faisons en sorte que les masques dansent toujours à Bandiagara, pour nous-même.

Lire aussi la reprise de cet article sur le site du Courrier International : https://www.courrierinternational.com/article/tourisme-dans-le-centre-du-mali-le-terrorisme-met-les-guides-au-chomage/

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Très bon article. Cette difficulté se fait sentir même à Bamako où j’ai géré une auberge l’an dernier. C’est tout le secteur et les emplois auxiliaires qui sont touchés par la crise.