Mopti : Boureima Napo et la pinasse, une grande histoire
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Mopti : Boureima Napo et la pinasse, une grande histoire

A 32 ans et marié à deux femmes, Boureima conduit la pinasse familiale de Mopti à Diré, pendant la crue du fleuve Niger, depuis plus dix ans. Le fleuve, la pinasse : c’est sa vie. Portrait.

À notre arrivée, ce jeudi matin, le quai de Mopti était animé. Accostée à une centaine de mètre du bateau « Général Soumaré », la pinasse de Boureima ne faisait pas exception parmi la dizaine de pinasses immobilisées : il y a peu de clients pour le moment. Le déplacement des pinasses est tributaire de l’envie des voyageurs.

Nous avons eu des difficultés pour nous frayer un chemin, en ce jour de foire hebdomadaire de la ville de Mopti. Entre vendeuses de poissons et marchands de bétails, nous sommes finalement arrivés chez Boureima après avoir fait des pieds et des mains.

Quotidien chargé

Homme simple, sourire en permanence aux coins des lèvres, à 32 ans, Boureima n’a pourtant pas un physique imposant. Son teint noir, signe distinctif des bozos de la zone, ne cadre point avec la langue songhoy qu’il parle.

A 10 heures, c’est l’heure du départ pour une escapade sur le fleuve en vue de voir son savoir-faire : les techniques qu’il utilise pour faire un long voyage sur le fleuve, qui n’a pourtant pas de panneaux de signalisation.

Le quotidien d’un conducteur de pinasse est diamétralement opposé à celui d’un taximan ou d’un chauffeur de Sotrama. Pour les préparatifs d’un déplacement à Diré, Boureima se fait accompagner par ses chargeurs, son cuisinier et ses apprentis, qui vident la pinasse de l’eau qui y entre. Pour les 48 heures que dure le voyage de Mopti à Diré par pinasse, Boureima et son équipe ont comme priorité l’entretien du moteur en louant les services d’un mécanicien.

Sourire des enfants

Sa pinasse, qui peut prendre plusieurs tonnes de marchandises, est très souvent chargée de barriques d’essence, de motos et de sacs de céréales ou de ciments. Avec ses passagers à bord, Boureima, comme tous les autres pinassiers, quittent dans l’après-midi. « Pour nous rendre à Diré, nous passons 48 heures sur le fleuve, les pièges et les obstacles ne manquent pas pour nous ralentir. Mais à force de naviguer sur le fleuve, le trajet est devenu moins pénible pour nous », explique Boureima.

Polygame, il arrive à vivre de son métier.« Je conseille aux jeunes d’aimer le travail qu’ils font, confie-t-il. C’est de cette manière qu’on peut s’épanouir. On ne peut pas dire que je suis riche, mais personne ne peut non plus dire que je suis pauvre. J’aime davantage mon travail en voyant le sourire de mes enfants, qui sont contents des cadeaux que je leur offre après chaque voyage.»

Manque de passagers

Même s’il parvient à vivre de son métier, Boureima, comme ses autres collègues , est confronté à des difficultés liées à  l’insécurité, l’insalubrité du fleuve, mais aussi le manque de marchandises et de passagers. Depuis le début de la crise sécuritaire de 2012, l’affluence des passagers a nettement diminué. Certaines pinasses ont essuyé des tirs attribués à des djihadistes pendant la navigation. Les transporteurs fluviaux se disent délaissés ou abandonnés à leur sort par les autorités.

La non prise en compte de leurs doléances et la baisse du revenu ont même poussé leur syndicat a monté au créneau pour dénoncer l’inaction des autorités. « Le Mali compte plus de pirogues que de voitures, mais malgré cela nous sommes délaissés au profit des automobilistes. Les autorités doivent prendre des mesures pour nous permettre de faire convenablement notre travail », déclare Aly Tikambo, membre local de la société coopérative des transporteurs fluviaux du Mali. Un appel à lancé, sans la moindre certitude qu’il soit entendu.

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