Mopti : la question talibé
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Mopti : la question talibé

La mendicité a pris de l’ampleur avec le déplacement des populations des zones en proie aux conflits dans la ville de Mopti. Si rien n’est fait, le degré d’exposition de ces enfants talibés devient de plus en plus grand.

Les conditions de vie des talibés («Garibou») sont de plus en plus inquiétantes à Mopti. L’âge de ces enfants varie entre 7 et 21 ans. Tous n’étudient pas le Coran chez un maître coranique. Nous constatons que la plupart de ces enfants errent dans la ville à la recherche de l’argent et de quoi se mettre sous la dent.

En les voyant, on ne peut que penser aux enfants de la rue. Ainsi, ils se débrouillent pour gagner leur pain quotidien, soit devant les restaurants, les magasins et les hôtels, ou encore dans les concessions et les marchés. Il n’est pas rare de les voir aussi devant les magasins et les boutiques suivre la télé ou de les voir jouer au ballon dans la rue.

Risque de recrutement

Ces enfants talibés, il faut le dire, n’ont aucun soutien de la part des autorités politiques, administratives ni de la société civile et se retrouvent ainsi exposés à des dangers. Certains peuvent sombrer dans le banditisme de grand chemin, mais surtout, le djihadisme peut avoir un réservoir de candidats potentiels au sein de ces enfants.

Bani Traoré,16 ans, est originaire de Souala, dans la région de Ségou. Nous l’avons rencontré à Sévaré. « Mes parents m’ont envoyé auprès de notre maître coranique pour apprendre le Coran et approfondir mes connaissances sur la religion musulmane »,  explique-t-il.

Contrairement à ce que pensent les parents de Bani, la trajectoire de ses études coraniques a changé depuis des années. Bani est laissé à lui-même et peine à apprendre le Coran. Il est laissé à son propre sort comme beaucoup de ses compagnons, obligé de faire des gymnastiques pour pouvoir manger et dormir.

Les marabouts refusent le chapeau

Les marabouts sont beaucoup indexés par la société, pour les maltraitances à l’encontre des enfants talibés. Mais du côté de ces derniers, certains voient les choses autrement. « Comment voulez-vous que je prenne en charge l’ensemble de mes élèves. J’ai environ une cinquantaine d’enfants dont les parents vivent dans d’autres contrées alors que j’habite dans une chambre de deux pièces, confie Mamoudou, maître coranique à Medina-Coura, quartier populaire de Mopti. Le vestibule me sert de classe. Le gouvernement doit nous aider, car nous faisons tout notre possible pour éviter la radicalisation chez nos apprenants. »

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