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Au-delà du Sénégal, les abus sexuels à l’école au Mali

Au lycée comme à l’Université, certains enseignants distribuent les points en échange de relations sexuelles avec les jeunes filles. Si un rapport récent de Human Rights Watch pointait du doigt cette pratique au Sénégal, la blogueuse Fatouma Harber rappelle que cela est aussi valable pour le Mali.

Un rapport de l’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW), paru le 18 octobre 2018, épingle l’État sénégalais et surtout les enseignants, accusés d’abus sexuels envers les jeunes filles. Ainsi, souligne le rapport, « des enseignants abusifs et d’autres membres du personnel scolaire exploitent, harcèlent et abusent sexuellement des adolescentes dans des écoles secondaires du Sénégal ».

Si cela est valable pour le Sénégal, je recommande à HRW de venir faire un tour dans la sous-région : ils verront que les professeurs de la Teranga ne sont pas seuls à avoir cette conduite honteuse. Ici, au Mali, nous avons même un nom pour ces tractations entre élèves et enseignants : les Notes sexuellement transmissibles (NST).

Mon prof de philo couchait avec plusieurs filles de la classe

J’ai entendu parler de ces notes que les filles obtiennent en étant gentilles avec le prof ou en lui faisant des petites faveurs, depuis ma terminale au lycée municipal de Niamey, il y a des années déjà. Je me rappelle que je n’étais pas l’élève préférée du prof de philosophie malgré mes efforts dans cette matière que j’aimais le plus à cette époque.

Je me souviens des agressions verbales du monsieur qui se disait touareg (avec un nom bizarre qui n’avait d’ailleurs rien de touareg). C’est seulement le fait de savoir que ce n’était pas lui qui corrigerait mes copies au baccalauréat, qui m’a motivée à continuer à apprendre mes leçons et à préparer l’examen.

J’avais de bonnes notes en dissertation et j’appréciais la philosophie, mais je n’avais jamais une note supérieure à 10/20. D’ailleurs, quand j’avais la moyenne, je me réjouissais car le monsieur semblait prendre un malin plaisir à écrire des remarques sur mes feuilles pour me donner des notes basses, alors qu’il donnait des 13, 14 à ses « filles ».

Tête brûlée

C’est en lisant la copie d’une des demoiselles qui avaient eu ses bonnes notes que je suis tombée des nues. Il n’y avait rien de rationnel dans la copie. Juste du « rends-moi-mes-mots », alors qu’il s’agissait d’une réflexion sur Le Prince de Machiavel.

Je me rappelle que j’étais déjà une tête brûlée en ce temps-là. Et seuls les enseignants honnêtes et cools, qui n’avaient pas de relations particulières avec les élèves (de tous les sexes), notamment mon professeur de littérature, appréciaient les élèves comme moi.

J’ai appris plus tard que le fameux prof de Philo faisait le tour chez plusieurs filles la nuit. Celles qu’il fréquentait et leurs amies profitaient de sa générosité dans la distribution des notes. Mais en fin d’année, c’en est une qu’il ne fréquentait pas, qu’il fatiguait comme moi en classe, qu’il épousa.

À l’université, d’autres prédateurs

Je suis partie continuer mes études au Mali, mon pays natal bien-aimé. Je ne m’imaginais pas que certains professeurs de l’université étaient pareils à mon prof de philosophie de Niamey. Il avait réussi à me faire détester la philosophie, et j’ai choisi une autre filière.

Mais j’ai très vite déchanté en me rendant compte qu’ici aussi les profs étaient des prédateurs. Leurs notes leur donnent un pouvoir incommensurable. Ils n’ont pas besoin d’être beaux ou de savoir faire la parlotte, ni d’être courageux comme certains jeunes qui perdent parfois des années à faire la cour à une fille.

Quand les profs te ciblent, tu es fichu, quel que soit ton sexe. Si tu es une belle fille, ils t’obligent à coucher avec eux pour te laisser finir ton cursus. Sinon, plusieurs redoublements te mettent à la porte. Avec la solidarité entre profs pour abuser des filles, ta seule chance reste l’argent. La cupidité de certains profs dépasse leur goût pour les jeunes filles.

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