Protection des lanceurs d’alerte au Mali : une loi réclamée
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Protection des lanceurs d’alerte au Mali : une loi réclamée

Alors que le nouveau code pénal introduit quelques garanties, des organisations citoyennes jugent ces dispositions insuffisantes. Elles appellent à l’adoption d’une loi spécifique pour protéger les lanceurs d’alerte – à l’image de celle votée récemment au Sénégal.

Promulgué en décembre 2024, le nouveau code pénal du Mali (loi n°2024-027) intègre pour la première fois des dispositions relatives à la protection des témoins et des dénonciateurs. Le texte interdit toute mesure discriminatoire contre un salarié ou un fonctionnaire ayant signalé de bonne foi une infraction (article 243-90). Il prévoit également des sanctions pénales contre les tentatives d’intimidation, les menaces ou la divulgation de l’identité d’un dénonciateur (article 243-91).

La protection s’étend sur une durée de trois ans après la clôture d’une enquête ou d’un jugement définitif. Le code encadre, par ailleurs, les dénonciations de mauvaise foi et impose la réintégration d’un employé sanctionné en violation de ces dispositions.

Mais pour les organisations de la société civile, ce dispositif demeure trop limité. « Une loi spécifique sur la protection des lanceurs d’alerte et des journalistes d’investigation est nécessaire. Lorsque le dénonciateur ne se sent pas protégé, il se rétracte. Sans dénonciation, la lutte contre la corruption devient illusoire », plaide Ada Diawara, vice-présidente de la Coalition de la société civile pour la lutte contre la corruption et la pauvreté.

Un enjeu démocratique

Dans un pays où la corruption fragilise les institutions et les finances publiques, la question est jugée cruciale. « Les grandes révélations journalistiques dans le monde n’auraient pas existé sans la coopération de lanceurs d’alerte », rappelle le journaliste d’investigation malien David Dembélé. Ces citoyens « sont des partenaires essentiels » de la presse, poursuit-il, en soulignant qu’une loi dédiée permettrait au journalisme d’investigation « de mieux remplir son rôle : révéler les abus et favoriser la reddition de comptes ».

Son confrère Maxime Domegni abonde dans le même sens : « Sans un environnement juridique protecteur, les ressources publiques continueront d’être détournées en toute impunité. Dans un contexte africain marqué par des moyens limités, protéger ceux qui alertent est une question d’intérêt général. »

L’exemple sénégalais

Le Sénégal a adopté, en août 2025, une loi pionnière consacrant le statut de lanceur d’alerte. Le texte protège les dénonciateurs de bonne foi contre toute forme de représailles, garantit l’anonymat, étend la protection aux proches et prévoit une exonération de responsabilité. Il introduit même une compensation financière pouvant atteindre 10 % des fonds recouvrés et crée un fonds spécial pour soutenir ces initiatives.

« Un lanceur d’alerte respectant la procédure ne peut plus faire l’objet de représailles. Il ne peut pas être recherché, arrêté ou jugé pour des informations divulguées dans les règles », explique le journaliste sénégalais Azil Momar Lô. Mais il nuance : « En Afrique, il ne suffit pas d’avoir des lois. Le plus important est qu’elles soient effectivement appliquées, de façon impartiale. »

Pour la société civile malienne, l’adoption d’un texte similaire constituerait un signal fort. « Si la volonté politique est réelle, elle doit s’accompagner d’un cadre juridique clair. Sinon, nos dirigeants ne font que promettre une gouvernance vertueuse sans poser d’actes concrets », estime David Dembélé.

À Bamako, le débat cristallise ainsi un enjeu démocratique majeur : offrir aux citoyens et aux journalistes les moyens d’agir contre les abus, sans craindre pour leur sécurité.

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