La corruption est une réalité quotidienne pour de nombreux Maliens. Elle gangrène les institutions, freine le développement et alimente même l’insécurité. Dans ce premier article d’une série consacrée à ce fléau, nous explorons les formes que prend la corruption, ses causes profondes et ses conséquences dramatiques.
Elle est partout, souvent invisible, parfois tolérée, mais toujours destructrice. La « corruption », ce mot que l’on entend si souvent, est devenue une composante banale du quotidien au Mali. Mais que désigne-t-il réellement ? Et pourquoi persiste-t-il, malgré les discours politiques et les dispositifs légaux ?
La corruption, selon les définitions les plus simples, est l’abus d’un pouvoir confié pour obtenir un avantage personnel. Elle peut se manifester de multiples façons : un pot-de-vin glissé sous la table, un contrat attribué sans appel d’offres, un poste offert à un proche sans compétence, etc.
Au Mali, ces pratiques sont fréquentes dans l’administration, la justice, les marchés publics, l’éducation ou encore la santé. Elles sont parfois si ancrées qu’elles en deviennent presque « normales ».
Une culture de la tolérance
Les spécialistes distinguent deux formes principales : la corruption active (celui qui propose ou donne un avantage indu) et la corruption passive (celui qui accepte ou sollicite cet avantage).
Dans une étude parue en 2017, Tom Shipley, chercheur spécialisé sur les élites africaines, souligne l’existence de « preuves de corruption de haut niveau » au Mali, ainsi que l’absence quasi totale de sanctions contre les hauts fonctionnaires impliqués. Cette impunité serait alimentée par le clientélisme, « socle de la vie politique malienne », qui affaiblit les institutions et normalise les pratiques illicites.
Dans les villes et campagnes maliennes, les témoignages se ressemblent : un citoyen qui paie pour obtenir un acte de naissance, un entrepreneur qui verse une commission pour décrocher un marché public.
Ces gestes, bien que condamnables, sont souvent justifiés par la lenteur des services, la précarité des agents ou la pression sociale. Résultat : la corruption s’installe comme un raccourci, une habitude voire un moyen de survie.
Les conséquences sont lourdes. La corruption freine le développement économique, affaiblit la confiance dans les institutions, aggrave les inégalités sociales et décourage les jeunes et les investisseurs.
Mais au-delà de ces impacts visibles, elle alimente également l’insécurité au Sahel. Le laxisme et la complicité de certains fonctionnaires corrompus permet aux groupes armés de se fournir en carburant et en armes. Au Burkina Faso, les militaires se sont appuyés sur les allégations de corruption dans l’armée pour justifier leur coup d’État en 2022.
Un arsenal juridique pourtant sévère
Le Code pénal malien de 2024 prévoit des sanctions sévères à ceux qui s’adonnent à la corruption. L’article 243-48 sanctionne la corruption des fonctionnaires et agents publics d’un emprisonnement de 10 ans de prison et d’une amende « double de la valeur des promesses agréées ou des choses reçues ou demandées, sans que ladite amende puisse être inférieure à 100 000 francs ».
La corruption d’agents publics étrangers et de fonctionnaires d’organisations internationales publiques est sanctionnée par les articles 243‑49 à 243‑51. Les peines vont jusqu’à 10 ans de prison, et les amendes vont de 100.000 à 5 millions de francs CFA, ou même plus selon les sommes en jeu. La corruption dans le secteur privé est sanctionnée par les articles 243‑52 à 243‑54. Les peines vont jusqu’à cinq à dix ans de prison et les amendes commencent à 2 millions de francs CFA.
Les infractions assimilées à la corruption (atteintes aux biens publics, corruption dans la commande publique, concussion, prise illégale d’intérêt, surfacturation, trafic d’influence et différentes sortes de fraudes ) sont sanctionnées par les articles 243‑55 à 243-89 du code pénal qui prévoient des amendes qui varient de 5 millions de francs CFA jusqu’à l’équivalent de dix fois le montant ou la valeur de l’avantage perçu et des peines pouvant aller de cinq ans de prison à perpétuité selon la gravite de l’infraction.
Cet article est le premier d’une série intitulée « La corruption au Mali pour les nuls », publiée de juillet à décembre 2025. Dans les prochains volets, nous explorerons l’histoire de la corruption au Mali, les institutions qui la combattent, les grandes affaires qui ont marqué l’opinion, et surtout, les solutions possibles.
