La corruption reste l’un des défis majeurs qui freinent le développement du Mali. En plus des institutions étatiques et des structures spécialisées, chaque citoyen peut également contribuer activement à la lutte contre ce fléau. Voici quatre moyens concrets d’agir.
1. Alerter sur l’application Kenekanko
Kenekanko est une plateforme numérique conçue par des organisations de la société civile malienne pour permettre aux citoyens de dénoncer anonymement des actes de corruption, de mauvaise gestion ou de crimes économiques. Elle est disponible sur Play Store, Apple Store et sur son site web.
« Chaque signalement est automatiquement chiffré pour garantir sa sécurité. Il est ensuite transmis à une organisation de la société civile partenaire du projet, selon la nature ou la zone géographique du cas. Celle-ci en analyse la crédibilité et peut mener une enquête complémentaire si nécessaire », explique Ahmed Mokhtar Thiam, directeur du département développement média et intégrité de l’information chez Tuwindi, l’une des structures porteuses de l’initiative.
La protection des utilisateurs est au cœur du dispositif, insiste M. Thiam. « Les données sont cryptées et stockées de manière sécurisée. Aucune information personnelle n’est collectée par défaut, et le signalement ne laisse aucune trace dans l’historique du téléphone. L’application évite toute forme de traçabilité directe. »
2. Saisir le Bureau du vérificateur général (BVG)
Le BVG est une institution indépendante chargée de contrôler la gestion des finances publiques. Ses audits annuels couvrent les comptes de l’État, des collectivités territoriales et des entreprises publiques, dans un souci de transparence.
Conformément à l’article 17 de la loi n° 2021-069 du 23 décembre 2021, « Toute personne physique ou morale qui souhaite qu’une structure publique et toute autre structure bénéficiant du concours financier de l’État fasse l’objet d’une vérification, en saisit le Vérificateur général par écrit, en lui donnant les informations nécessaires lui permettant d’effectuer son enquête. Il appartient au Vérificateur général d’apprécier le caractère sérieux de l’information et de décider de la suite à réserver. »
Pour saisir le BVG, le citoyen doit adresser un courrier motivé, assorti d’éléments explicatifs de l’objet de la saisine à l’adresse accessible sur son site web.
3. Dénoncer auprès de l’OCLEI
L’Office central de lutte contre l’enrichissement Illicite (OCLEI) est chargé d’enquêter sur les patrimoines non justifiés et peut être saisi par toute personne souhaitant dénoncer des faits d’enrichissement illicite.
Un numéro vert (80 00 22 22) permet de faire ces signalements. Selon le rapport annuel 2023 de l’OCLEI, « l’appelant entend un message d’accueil et choisit l’option 1 pour une dénonciation. Il est ensuite orienté vers l’Unité des plaintes et des dénonciations, où il est informé que l’appel est enregistré et qu’il encourt des poursuites en cas de dénonciation calomnieuse. Il est invité à décliner son identité, son adresse et son numéro de téléphone. En cas de non-réponse, une messagerie permet de laisser un message. »
En 2023, l’OCLEI a reçu 147 appels, dont 25 dénonciations pour corruption ou enrichissement illicite. Entre 2019 et 2023, 29 dossiers ont été transmis à la justice, pour un montant total présumé de 25,460 milliards de francs CFA, rapporte l’institution.
4. Rejoindre une organisation de la société civile
Rejoindre une association ou un collectif citoyen engagé dans la lutte contre la corruption est un autre moyen d’agir. De nombreuses structures sont regroupées au sein de la Coalition de lutte contre la corruption (CLCC).
Créée en 2017 et formalisée en 2021, la Coalition regroupe une cinquantaine d’organisations (réseaux, ONG, collectifs). Elle œuvre dans les domaines du plaidoyer, de la réforme législative, de la sensibilisation et de la formation citoyenne.
D’après son président Ahmed Sékou Diallo, la Coalition a déjà eu plusieurs impacts, notamment en ce qui concerne la protection des lanceurs d’alerte. « Nous nous sommes toujours battus pour qu’il y ait au niveau du Mali une loi protégeant les lanceurs d’alerte et c’est en train d’aboutir avec le nouveau code de procédure pénal qui a été adopté au Mali. Il prend en compte la protection des dénonciateurs », se réjouit-il.
Diallo ajoute que la Coalition a aussi beaucoup travaillé pour que les rapports de structures de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite « ne restent pas dans les tiroirs. » « On a commencé à avoir des résultats parce que tous les dossiers qui étaient au niveau du gouvernement ont été transmis par les nouvelles autorités de transition aux autorités judiciaires et des poursuites ont été entamées », conclut-il.
