Une centaine d’enfants âgés d’environ 10 ans – filles et garçons – ont été « mis sous le fer » collectivement en cette fin du mois de décembre 2025, au village de Zérébougou.
Tous les parents ayant des enfants parmi les « solimadenw » (les circoncis et excisées) apportent leurs plats auprès des Zememba, les sages superviseurs. Sous un grand hangar, les vieilles dames sont présentes avec des céréales, du savon et de l’argent, en guise de contribution. Elles sont des ressortissantes de Zérébougou, mariées dans les villages environnants. Un compte rendu est ensuite fait au chef de famille, qui les reçoit.
Chaque grande famille accueille ainsi ses ressortissantes. « Dans la tradition, nous, les ressortissantes, devons honorer de notre présence toutes les activités de notre village natal », explique Moussokoura Togola, aînée des ressortissantes. Cette présence massive des ressortissantes à cet événement témoigne de l’ampleur de la pratique à Zérébougou.
Un lien pour la vie
Les enfants circoncis sont regroupés dans un vestibule depuis le jour de leur initiation. Des vieilles dames, munies de boyi et de zirabara, de petits instruments traditionnels de musique, entonnent des chants de bravoure pour les enfants circoncis et excisés.
Les garçons sont rassemblés dans un vestibule différent de celui des filles. Ils sont suivis et surveillés par des personnes âgées appelées « Zememba ». Selon l’aînée des Zememba, durant sept jours, les enfants sont initiés et éduqués aux valeurs morales de la société dans laquelle ils vivent. « On leur dit de ne pas voler, de ne pas jouer avec les garçons [pour les filles] et de respecter les aînés », affirme Rokia Mariko, Zememba des filles. « Ces enfants, connaissant l’une des premières douleurs au monde, sont à leur première initiation. Ils en sortiront forts », explique Moussa Togola, Zememba des garçons.
Les enfants d’une même génération entrent dans ce lot ensemble afin de tisser un lien pour la vie. Le chef de la grande famille N’bonan de Zérébougou se réjouit de l’accomplissement de la circoncision et de l’excision de cette génération d’une centaine d’enfants dans son quartier, dont 28 filles. « Il est de notre devoir d’éduquer nos enfants et de perpétuer cette tradition à travers la circoncision collective. Ils vont passer ce séjour ensemble et manger ensemble », se félicite Abdou Togola, chef de la famille N’bonan.
Le respect de la tradition sociale
Selon ONU Femmes, 89 % des femmes ont subi l’excision. Elle est devenue une pratique condamnée par plusieurs défenseurs des droits des femmes sur le plan international, en raison des problèmes de santé et de reproduction qu’elle engendre.
En République du Mali, aucune législation ne précise l’incrimination des mutilations génitales. Par contre, l’article premier de la Constitution de 2023 garantit l’intégrité des personnes. « La personne humaine est sacrée et inviolable », stipule-t-elle. Et le Code pénal de 2001 punit également toute personne qui inflige volontairement des coups ou blessures à autrui.
Selon maître Saïbou Togola, avocat au barreau du Mali, tant qu’il n’existe pas de dispositif spécifique sanctionnant la mutilation féminine, l’énonciation de l’inviolabilité de la personne humaine, telle que citée dans la Constitution, ne peut pas punir cette pratique.
« Il faut une précision claire dans le Code pénal, sinon l’esprit de ces articles ne concerne que des violences telles que l’homicide volontaire, les coups et blessures, etc. Jusqu’à présent, je n’ai pas connaissance d’une loi ou d’un article précis qui punisse directement la mutilation féminine », explique Me Togola.
Au Mali, l’excision est ancrée dans la culture de plusieurs localités, dont le village de Zérébougou, où la condamnation de la pratique demeure peu connue. « Nous faisons l’excision depuis la nuit des temps ici. Nous n’avons jamais eu de débats sur l’interdiction de la pratique dans notre village », précise Mousokoura Togola, Zememba.
Entre la perpétuation de la tradition et le manque d’information sur les arguments avancés par les défenseurs des droits humains, Zérébougou tient à cette pratique ancestrale. « La pratique de l’excision est culturelle et fait partie de nos traditions depuis belle lurette. Cependant, la justification de sa pratique reste mitigée et n’est fondée sur aucune donnée scientifique. Je crois qu’elle fait partie des pratiques néfastes dans notre société », affirme Fatoumata Fofana, chercheure et experte genre. Pour elle, le combat contre cette pratique, en ce qui concerne les femmes, est noble pour plusieurs raisons. « Selon les données scientifiques de la médecine, ses conséquences sont, entre autres, des complications à l’accouchement, la stérilité et les fistules ».
