Message de l’au-delà : tué injustement, je pardonne !
Photocredit : Sahelien
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Message de l’au-delà : tué injustement, je pardonne !

A travers cette fiction, le blogueur Randane Ould Barka raconte l’histoire d’Abderahamane, lâchement tué alors qu’il se rendait à Goundam. Le reflet d’une lourde réalité car les assassinats sont fréquents sur cet axe.

Il était 5 heures du matin. J’étais déjà réveillé. J’ai fait ma prière ainsi que les dernières vérifications de mon véhicule avant de prendre la route pour Goundam, un des cercles de la région de Tombouctou (environ 85 kilomètres). Je roulais normalement, le sourire aux lèvres. D’une part, je pensais aux conversations et blagues de la nuit précédente avec les amis de mon grin et, d’autre part, au visage souriant de ma femme enceinte, ainsi qu’aux motivations de ma chère mère, me conseillant toujours d’être meilleur au travail. L’ensemble de ces pensées positives me permettaient de garder espoir sur cette route connue pour sa dangerosité depuis l’avènement de la rébellion.

Toujours en route, mon portable sonna.  Ma belle-mère au téléphone, heureuse, m’annonça une bonne nouvelle : « Allô, mon fils, le grand jour tant attendu est arrivé. Ca y est, tu es devenu papa d’une jolie petite fille ». Ma joie fût immense. Je n’arrêtais pas de sourire en imaginant déjà le scénario de ma première rencontre avec mon enfant : le baptême, ses premiers pas, son premier jour à l’école en ma compagnie, tout ça me donnait la chair de poule. Alors, j’essayais d’accélérer  un peu plus, dans l’espoir de revenir vite retrouver les miens, qui ne souhaitaient  que me revoir à la maison.

Bien armés, le visage masqué

Pendant que je roulais et m’approchais de Goundam, subitement, des individus sont apparus devant moi sur des motos, bien armés, leur visage masqué. J’essayais de ralentir mon véhicule pour éviter un malentendu lorsqu’une rafale de tirs a visé ma voiture. A cet instant, j’ai ressenti une succession d’immenses douleurs au niveau de l’abdomen. Je pouvais à peine baisser la tête pour constater les balles qui m’avaient  transpercé le corps.

Je baignais dans mon sang. Ma respiration devenait de plus en plus forte. Très rapidement, ces hommes armés se sont dirigés vers moi, ont ouvert la porte du véhicule et m’ont poussé violemment sur le sol. Ils se mettaient à rire et à parler. C’était difficile pour moi de comprendre ce qu’ils disaient. Ça devenait très lourd. À ce moment-là, je pouvais voir mon véhicule emporté par ces hommes. Je respirais de moins en moins. Mon sang se répandait sur le goudron, je pensais à mon bébé que je n’aurais jamais la chance de voir, à ma famille. Qu’allaient-ils devenir ? Qui allait s’en occuper ? Je pensais aux amis, aussi. Ma douleur s’intensifiait. J’étais  seul en train de crever.

Mon message posthume

Mon histoire est comme celle d’Alpha, de Mahmoud, de Harber, tous tués sur cette route et les routes environnantes. Ces actes  sont la source de beaucoup de conflits entre différentes communautés, souvent se faisant dans les coulisses, et ce sont les plus faibles qui périssent.

Cher frères et sœurs, depuis l’au-delà, sachant vos intentions de vouloir me rendre justice, je trouve cela très bien bien, mais pas en voulant vous attaquer à différentes personnes de différentes communauté dont vous pensez que sont originaires les auteurs. Je sais que personne ne peut être insensible a cet acte mais cela ne va faire qu’aggraver et multiplier les conflits entre les communautés et pourra se traduire en des problèmes qui risquent de compromettre la paix tant souhaitée par les vulnérables populations. Ne vous déchirez pas les uns et les autres. Mettez-vous ensemble, donner la chance à la future génération de vivre la paix durable et, surtout, exiger de l’État qu’il vous assure la sécurité.

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