Monologue d’un étudiant malien en Algérie : « Ces bourses d’études, c’est un miroir aux alouettes »
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Monologue d’un étudiant malien en Algérie : « Ces bourses d’études, c’est un miroir aux alouettes »

Dans ce monologue, Samba, étudiant malien en Algérie, dénonce à travers la plume de Sagaidou Bilal la situation difficile dans laquelle se trouvent plusieurs étudiants maliens : retard, racisme et privés de la bourse entière. Pour lui, les bourses pour étudier à l’étranger sont un miroir aux alouettes.  

Tu sais, mon frère, partir étudier loin de son pays, c’est aussi un parcours du combattant. Partir loin des universités maliennes et de la difficile vie estudiantine bamakoise, c’était mon rêve au lycée. Après mon admission au bac en 2019, avec mention, j’ai eu une bourse pour étudier à l’étranger. C’est vrai, je souhaitais obtenir  une  bourse d’excellence  pour partir en France. Mais ne répondant pas aux critères requis, je n’ai pu l’obtenir. Toutefois, avec une mention « assez bien », j’ai été présélectionné pour les bourses algériennes

Il nous a fallu attendre près de trois mois pour avoir connaissance de la première liste de sélection affichée à la mi-décembre 2019. Malheureusement, mon nom n’y figurait pas. Je n’ai pourtant pas désespéré, car une deuxième liste devait être publiée. Celle-ci a tardé à sortir. 

Cours à rattraper

Pendant ce temps, les universités algériennes ont fait leur rentrée académique en septembre. Indignés, nous avons constitué un  collectif pour demander des comptes aux autorités en charge du dossier. La seconde liste finit par sortir finalement, début janvier 2020. Sélectionné, j’étais à la fois joyeux et angoissé. Joyeux parce que l’enfant du paysan va étudier hors du pays. Angoissé au sujet de l’inscription et des cours à rattraper. 

Quelques semaines après notre arrivée, je commence à constater des scènes de racisme. Parfois, certains nous fuient quand ils nous voient à cause de notre couleur de peau. Dans la rue, c’est encore pire : c’est là qu’on te traite de « babaya », qui veut dire « singe » ou « kalouch » (« noir »). Le campus ne diffère pas assez de celui du Mali, car on ne paie le loyer qu’une fois par an. À la fac, pour les plus chanceux d’entre nous, il a fallu passer des dizaines de nuits blanches afin de pouvoir se rattraper.

 « À quoi servent nos représentations diplomatiques ? »

Après quelques mois passés en terre algérienne, un autre problème surgit. Pendant qu’on étudiait, la liste des étudiants bénéficiant de l’allocation est sortie. En principe, chaque étudiant étranger a droit à cette allocation donnée en deux tranches. Mais, à ma grande surprise, mon nom ne figurait pas sur cette liste. La seule raison avancée : je suis venu en retard. Cette injustice a fait que d’autres camarades et moi n’avons bénéficié que d’une seule tranche, contrairement au premier groupe venu en décembre. 

Pourtant, nous sommes tous munis d’attestation qui confirme que nous avons droit à la bourse entière. Est-ce de notre faute si nous sommes venus en retard ? Est-ce normal qu’on paie à la place des vrais fautifs au point de nous priver de ce qui nous revient de droit ? 

Nos autorités doivent faire tout pour s’assurer que les droits des étudiants envoyés à l’étranger sont respectés. À quoi servent nos représentations diplomatiques si des étudiants continuent d’être lésés dans leurs droits ? Souvent, je me demande si ces bourses pour étudier à l’étranger ne sont pas un miroir aux alouettes.  

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