Mopti : Niappa, griot, « résistant, tué par les djihadistes
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Mopti : Niappa, griot et résistant, tué par les djihadistes

L’un des plus célèbres griots du centre du Mali, Niappa, a été exécuté chez lui dans sa famille par des présumés djihadistes dans la ville de Dialloube. 

« Niappa était un griot hors pair », lâche Ali, la mine triste, lorsqu’il appris la mort du griot Niappa. Selon lui, il avait une manière particulière d’exercer son activité. Il voyageait de village en village à moto. Lorsqu’il arrivait dans un village, les enfants savaient qu’ils auront des bonbons à sucer. Et ils chantaient en fulfuldé : « Niappa wari gollé boni », autrement dit « quand Niappa est là, toute activité cesse. »

Le vendredi 5 juillet 2019, deux personnes venues sur une moto se sont introduites chez lui et l’ont froidement exécuté. Ils l’ont exécuté et sont repartis sans être inquiétés, alors que la ville de Dialloubé abrite un important détachement militaire. La communauté des griots de la région est inconsolable après la perte « d’un grand dépositaire de la tradition peule », selon Afourou Allaye, un autre griot de la localité, qui a connu Niappa. Pour beaucoup de ressortissants de Dialloubé, Niappa « était un résistant, un héros, mort en défendant ses valeurs. »

Activité interdite

Quelques jours après la publication de mon billet alertant sur la menace qui pèse sur les activités des griots dans certaines localités de la région de Mopti, l’un d’eux a donc été tué par les présumés djihadistes. J’ai personnellement vécu dans mon enfance, au village, les scènes de liesse à l’arrivée de Niappa. De famille en famille, il rentrait et chantait. Chez certaines, il ressortait avec des pagnes, chez d’autres avec de l’argent.

Mais depuis l’arrivée des djihadistes dans la zone, son activité a été interdite, renvoyant les griots qui au chômage, qui à l’exil à Bamako. Pourtant, Niappa est resté sur place, contrairement à d’autres griots qui ont rejoint les autres villes voisines. Il a préféré vivre de sa fortune  accumulée au fil des années grâce à ses activités : son troupeau de vaches et de chèvres.

Un informateur de l’armée

Le retour de l’armée à Dialloube, en 2017, a été pour Niappa un vrai soulagement. Il avait, ainsi, décidé d’aider les forces armées maliennes dans leur lutte contre le terrorisme, et ne manquait pas de fustiger ceux qui avaient rejoint les rangs des djihadistes. C’est ainsi qu’il aurait gagné la confiance des militaires sur place, selon des habitants de Dialloubé. « Il était devenu un acteur privilégié pour les militaires dans le cadre du renseignement et de la traque des djihadistes. », confie sous couvert d’anonymat cet autre habitant, qui a trouvé refuge à Bamako.

Mécontents de sa collaboration avec les forces de défense et de sécurité, les djihadistes qui contrôlent toujours certaines localités, lui ont retiré ses troupeaux qu’ils ont revendus. Dès lors, Niappa n’a cessé de recevoir des menaces de morts.

Aujourd’hui, travailler avec l’armée, dans le centre du Mali revient à prendre de gros risques. Pourtant, sans l’aide des populations, les forces armées peuvent difficilement réussir leur mission. Nos militaires doivent tout faire pour protéger ceux qui les aident dans leur lutte quotidienne. Niappa n’est pas le premier informateur de l’armée tué par les djihadistes. Je suis sûr qu’il ne sera pas le dernier, si rien n’est fait.

 

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