Orpaillage artisanal : entre dynamisme local et manque à gagner pour les recettes de l’État
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Orpaillage artisanal : entre dynamisme local et manque à gagner pour les recettes de l’État

Le Mali peine à tirer pleinement profit de ses richesses aurifères. En cause : la faible rentabilité de l’orpaillage artisanal – pourtant très pratiqué à travers le pays.

Si les grandes entreprises minières sont aujourd’hui soumises à des obligations fiscales renforcées par les autorités pour soutenir une économie fragilisée par les « crises », donnant à l’État plus de 30% de leurs revenus, l’orpaillage artisanal reste en marge du circuit formel.

Pourtant, cette activité emploie des dizaines de milliers de personnes, souvent jeunes, dans des zones rurales à faible taux d’emploi. Reste qu’une grande partie « des revenus générés échappe au contrôle de l’État », selon Kalilou Togola, maire de la commune de Finkolo Ganadougou, entraînant une énorme perte pour les caisses publiques. À cela s’ajoutent des conséquences environnementales et sociales non négligeables.

Opportunités économiques indéniables

Bien qu’il constitue une source vitale de revenus pour des milliers de familles, ce secteur informel échappe largement au contrôle de l’État, réduisant considérablement son impact sur l’économie nationale. Selon Pour Minamba Doumbia, économiste, « si l’État malien arrivait à bien recadrer l’orpaillage artisanal, ce serait une véritable opportunité pour relancer l’économie du pays ».

Cette activité incarne une source de revenus précieuse pour les communautés locales, mais sous-exploitée au niveau étatique. À Finkolo Ganadougou, une commune de 18 villages dans la région de Sikasso, chaque village possède un site d’orpaillage où des milliers de personnes travaillent quotidiennement. Ces sites génèrent non seulement des revenus directs pour les orpailleurs, mais soutiennent aussi une économie locale dynamique à travers la vente de nourriture, d’outils et de carburant. Toutefois, ce dynamisme économique n’est pas structuré. « Les gens viennent de partout pour se faire de l’argent, mais on ne sait pas où vont ces fonds. Il n’y a ni projet structurant, ni vision pour l’avenir, surtout chez les jeunes qui quittent l’école », déplore Kalilou Togola, maire de la commune. Il souligne aussi la flambée des prix dans la zone qui peut être profitable pour l’État : « Une simple poule coûte 5 000 à 6 000 FCFA, alors qu’à Sikasso, c’est souvent moins cher ».

A l’inverse, les grandes sociétés minières opérant légalement au Mali sont mieux encadrées et contribuent significativement au budget national. En plus des impôts et taxes versés à l’État, elles mènent aussi des actions sociales. La société Morila, par exemple, avait mis en place un Fonds de développement communautaire doté d’un budget annuel de plus de 150 millions de francs CFA. De son côté, B2Gold ou Fekola, implantée à Kéniéba (Kayes), prévoit le lancement d’un ambitieux programme de soutien à l’économie locale. « Si l’État pouvait mettre en place des stratégies pour tirer profit de l’orpaillage artisanal, comme c’est le cas avec les grandes entreprises, qui, en plus des taxes et des impôts contribuent beaucoup aux plans de développement du pays, l’impact sur l’économie nationale serait considérable », conclut M. Doumbia.

Un avenir plus durable

L’orpaillage artisanal, bien qu’il représente une source de revenus importante pour des milliers de Maliens, constitue également un défi majeur pour l’économie nationale et l’environnement. L’État doit tout faire pour formaliser le secteur en continuant avec les actions qui sont déjà en cours : la délimitation de couloirs d’orpaillage, comme indiquent les derniers codes miniers ; la création de coopératives d’orpailleurs dans chaque village; la mise en place de comptoirs d’achat pour assurer la traçabilité de l’or produit ; la suspension des permis artisanaux aux étrangers qui fait déjà effet; la mise en place d’un fonds de réhabilitation…

Des efforts qui vont désormais permettre non seulement de renforcer les recettes publiques, mais aussi de protéger les ressources naturelles et de garantir un avenir plus durable aux communautés locales, a indiqué Minamba Doumbia.

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