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Négocier avec les djihadistes au Mali : seule alternative pour la paix

Dans un rapport publié le 28 mai, International Crisis Group (ICG) invite l’État malien à négocier avec les groupes djihadistes. Pour le blogueur Le Boula, c’est en effet la seule alternative possible.

Depuis plusieurs années, le centre et le nord du Mali sont pris dans la nasse des groupes djihadistes, qui sèment la terreur et la désolation au sein des populations. Comme partout ailleurs, les États ont très souvent recours à deux méthodes fondamentales pour lutter contre l’hydre djihadiste. Les uns, les plus puissants, privilégient l’approche militaire tandis que d’autres choisissent le dialogue  à l’image des États-Unis  qui, après des années de lutte armée, ont été contraints d’ouvrir les négociations avec les talibans. Selon l’ONG International Crisis Group, qui a rendu public un rapport le 28 mai dernier il s’agit de la meilleure solution.

Au Mali, le gouvernement et ses partenaires ont jusqu’ici privilégié l’option militaire. Cette approche s’est révélée infructueuse et a d’ailleurs contribué à exacerber la situation. Il ne se passe presque plus aucun jour sans que l’activisme djihadiste ne fasse des victimes aussi bien au sein des forces armées nationales, internationales que des populations civiles.

Abandonner le contre-terrorisme musclé

Une évidence s’impose aujourd’hui au Mali : abandonner le contre-terrorisme musclé et ouvrir un dialogue avec les groupes djihadistes afin de parvenir à une stabilité. Ce qui permettra de convaincre et de dissuader  certains d’entre eux.  C’est du moins l’avis de Youba Konaté, président du réseau des journalistes du G5 Sahel, qui estime qu’il n y a pas d’alternative au dialogue, « surtout que dialoguer ne signifie pas accepter la volonté des djihadistes. »

La solution à la menace djihadiste ne saurait être que militaire. D’ailleurs, tranche Dr Aly Tounkara, chercheur au Collège sahélien de sécurité, « la seule option militaire n’a jamais résolu un problème terroriste. Elle ne peut juste que le déplacer ». Surtout  que le Mali n’a même pas les moyens militaires de faire face aux groupes djihadistes, qui écument es régions centre, du nord et, progressivement, du sud.

Le dialogue s’impose

Au Mali, l’option du dialogue a été déjà explorée. Depuis 2015, des voix, y compris au sein de la sphère politique, n’ont cessé d’émerger pour appeler à négocier avec Iyad Ag Ghaly. Cette option avait été mise en avant par la Conférence d’entente nationale, qui s’est tenue à Bamako du 27 mars au 2 avril.

A l’époque, le premier ministre, Abdoulaye Idrissa Maïga, avait annoncé dans son discours de politique générale à l’Assemblée nationale la création d’une mission de bons offices, qui sera dirigée plus tard par le très influent imam Mahmoud Dicko, alors président du Haut-conseil islamique du Mali. Mission : prendre langue avec les « djihadistes maliens ». Mais la mission sera supprimée par Soumeylou Boubèye Maïga, à son arrivée à la primature, au bord du Djoliba, pour des raisons que je ne suis pas en mesure d’expliquer.

Dialogue inclusif

Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier, le Mali ne peut pas faire l’économie d’un dialogue qui, en plus d’être moins couteux, devient une nécessité. « Le problème est devenu très sérieux », affirme Maciré Diop, journaliste d’investigation et chargé des questions de sécurité au quotidien L’Indépendant, qui ajoute « qu’on ne plus se cacher derrière des concepts creux.  Le choix du dialogue s’impose. »

Dans une récente interview accordée à Benbere, l’ancien ministre Ousmane Sy appelait lui aussi à ouvrir un dialogue inclusif, ouvert à tous. Pour lui, il est difficile d’organiser aujourd’hui un dialogue dans une région comme Mopti, à Youwarou, Djenné, Teninkou sans que les gens de Hamadoun Kouffa soient invités à y prendre part.

« Le dialogue peut nous amener à une paix substantielle et durable », croit savoir Dr Aly Tounkara. C’est pourquoi il invite l’élite politique malienne, notamment celle  au pouvoir, à se soustraire à une certaine forme de diktat venue d’ailleurs.

 

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